Une hausse inquiétante des cancers du côlon chez les jeunes adultes
On observe une augmentation préoccupante des cancers du côlon chez les personnes de moins de 50 ans. Si les modes de vie sont souvent mis en cause, une nouvelle étude met en lumière le rôle des pesticides, en particulier le picloram. À l'échelle mondiale, le cancer colorectal (CCR) est le troisième cancer le plus fréquent et la deuxième cause de décès par cancer. Il est généralement associé au vieillissement, puisque 90 % des cas et des décès surviennent après 50 ans. Cependant, en deux décennies, le nombre de cas chez les moins de 50 ans a presque doublé.
Des chercheurs de l'Institut d'oncologie Vall d'Hebron à Barcelone ont analysé des « cicatrices » génétiques qui agissent comme des archives de nos expositions et habitudes de vie. Leur étude, publiée en avril 2026 dans la revue Nature Medicine, révèle un lien direct avec un herbicide systémique, le picloram, à base d'acide pyridine carboxylique, qui circule dans toute la sève de la plante pour la tuer. Après avoir examiné des données sur vingt et un ans, les chercheurs confirment que les régions où cet herbicide est le plus utilisé présentent un nombre plus élevé de cancers chez les jeunes adultes. Le picloram était l'un des principes actifs de l'agent blanc, un défoliant utilisé par l'armée américaine pendant la guerre du Vietnam.
L'incidence des habitudes de vie
Pour comprendre pourquoi le cancer du côlon touche des patients de plus en plus jeunes, les scientifiques ont passé en revue 29 facteurs de notre environnement quotidien, ce qu'ils appellent « l'exposome ». Ils ont comparé les habitudes de vie, comme l'alimentation, le tabac, le cannabis, le niveau d'éducation et l'obésité, avec des éléments subis tels que la pollution de l'air et l'exposition à 14 pesticides différents. L'objectif était d'identifier des coupables spécifiques, comme le glyphosate ou le picloram, et de déterminer s'ils favorisent l'apparition précoce de la maladie.
L'outil de cartographie Géophyto révèle que la Gironde figure systématiquement dans le top 5 national des départements acheteurs de pesticides. En viticulture, l'usage d'herbicides reste structurel pour le désherbage sous le rang. Le picloram, qui peut rester actif dans le sol pendant plusieurs années et résister à la décomposition, est principalement homologué en France sur les grandes cultures céréalières et les prairies.
Viticulture et grandes cultures en Nouvelle-Aquitaine
La région Nouvelle-Aquitaine cumule ces deux types d'exploitations dans la plupart de ses départements, notamment ceux cultivés en colza, comme la Vienne, les Deux-Sèvres et la Charente-Maritime, qui représentent les trois quarts de la production régionale. Cette mixité des cultures fait de la région un terrain idéal pour l'exposome. Redoutable contre les mauvaises herbes et les broussailles vivaces et ligneuses, le picloram a été utilisé pour nettoyer les prairies, empêcher la végétation sur les bords des routes et le ballast des chemins de fer, ainsi que sur les sites industriels et aéroportuaires. Bien qu'il ne soit plus ou peu utilisé aujourd'hui, sa rémanence lui permet de persister dans le sol. Les relevés d'Atmo Nouvelle-Aquitaine montrent que des molécules comme le prosulfocarbe (herbicide) ou certains fongicides saturent l'air pendant les périodes de traitement. Si le picloram n'est pas le produit phare du vignoble, la synergie de l'exposome, ce fameux « effet cocktail » souligné par l'étude, inquiète les scientifiques.



