En étudiant les maladies de la canne à sucre, une équipe du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) de Montpellier vient de mettre au jour l’albicidine, un puissant antibiotique porteur d’avenir. Cette molécule pourrait notamment être utilisée dans la lutte contre les maladies nosocomiales, comme le staphylocoque doré.
Une molécule connue depuis les années 1980
« Cette molécule est fabriquée par une bactérie pathogène de la canne à sucre, Xanthomonas albilineans, à l’origine de l’échaudure des feuilles de canne à sucre, maladie sur laquelle nous travaillons depuis 30 ans », explique Monique Royer, phytopathologiste au Cirad. « C’est une molécule connue depuis les années 80 mais elle était difficile à extraire en grande quantité et sa structure était inconnue. Les recherches menées par les universités du Queensland et d’Hawaï avaient abouti à des données structurales, mais personne n’avait réussi à les interpréter. »
Une avancée scientifique récente
Ce n’est que fin 2014 que le Cirad et l’université technique de Berlin, qui ont déposé un brevet, aboutissent à la caractérisation de la structure de l’albicidine. Ces résultats ont été décrits il y a quelques jours dans la revue Nature Chemical Biology. « Le chemin est encore long pour que l’albicidine puisse entrer dans la pharmacopée. C’est une molécule nouvelle et prometteuse mais il faut rester prudent. Il faut des tests sur l’homme et arriver à en produire en grande quantité », précise Monique Royer.
Un défi économique pour la recherche d’antibiotiques
La scientifique soulève un problème de fond : « Un antibiotique est proposé dans un traitement d’une semaine et rapporte moins à l’industrie pharmaceutique qu’un traitement à vie contre le diabète ou le cholestérol. C’est la raison pour laquelle cette industrie s’est désintéressée de la recherche sur de nouvelles molécules, malgré les soucis de résistance aux antibiotiques existants. »
La découverte de l’albicidine ouvre une nouvelle voie dans la lutte contre les infections bactériennes résistantes. Les chercheurs espèrent que cette molécule pourra être développée pour un usage clinique, bien que des années de tests et de développement soient encore nécessaires.



