Depuis le 1er juillet, un nouveau décret interdit de fumer sur les plages, dans les parcs publics et aux abords des écoles. Cette mesure, portée par Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, vise à lutter contre le tabagisme et à protéger l'environnement. Chaque jour, 11 milliards de mégots sont jetés dans le monde, dont 40 % finissent dans les océans, faisant de la cigarette la première source de pollution marine. Un mégot contient 100 substances toxiques et cancérigènes, et sa fabrication nécessite 500 litres d'eau.
Une mesure nécessaire mais complexe
En France, 12 millions de personnes fument quotidiennement, et 200 en meurent chaque jour. Si l'interdiction de fumer dans les lieux fermés publics date de 2008, cette extension en plein air suscite des réactions partagées. Certains y voient une atteinte à la liberté individuelle. Pour Jean-Marie Mirabel, président de l'Association pour la Protection du Littoral-Mer et le Respect des Lois-Règlements (APPRLR) basée à Carnon, cette mesure est une avancée attendue : « La cigarette est un polluant majeur sur les plages, nuisible à la santé humaine comme à celle de la nature. Et comme on ne peut plus compter sur le civisme, il faut des règles claires. » Cependant, il s'inquiète de la difficulté de mise en œuvre : « Les mairies et les communautés de communes ne se donnent pas les moyens de faire appliquer cette interdiction. La police municipale est déjà surchargée, et ce n'est pas le rôle des sauveteurs en mer. »
Du côté des collectivités, le constat est similaire. Bernard Coste, maire d'Octon et vice-président de la communauté de communes du Clermontais, explique que la mise en place de cette réglementation est encore en suspens : « Pour l'instant, rien n'est encore déployé. On attend toujours le décret d'application de l'État pour connaître précisément les modalités. C'est compliqué : il faudrait mobiliser des agents supplémentaires très rapidement, alors même que l'annonce est tombée le 1er juillet, en plein lancement de la saison estivale. »
Les élus ne sont pas seuls à devoir veiller au respect de cette nouvelle mesure. La police municipale de Lodève poursuivra ses patrouilles, à pied ou à vélo, et pourra verbaliser les contrevenants à hauteur de 135 euros. Néanmoins, la priorité sera d'abord donnée à la sensibilisation, une démarche également portée par l'APPRLR : « Nous sommes contre la contrainte, mais pour convaincre », résume l'association.
Propreté et prévention : un combat local
Sur le terrain, certains agissent déjà. Au lac du Salagou, classé grand site protégé, le syndicat mixte de gestion lutte depuis plusieurs années contre la pollution liée aux mégots. Les chiffres sont parlants : 3 126 mégots ramassés en 2024, contre 2 959 en 2023, une hausse que les responsables espèrent freiner grâce à la nouvelle interdiction. Pour Camille, 86 ans, habitante de la région, la mesure est plus que bienvenue : « Le lac serait plus propre, et les risques d'incendies seraient moins importants. »
Un sondage réalisé par IPSOS en 2020 révèle d'ailleurs que 80 % des Français sont favorables à l'interdiction de fumer à la plage. Pourtant, cette réglementation ne fait pas l'unanimité. Bruno, fumeur de 56 ans, estime qu'« une amende ne réglera pas le problème du vivre-ensemble. C'est une question de civisme, chacun doit prendre ses responsabilités. » Même nuance du côté de certains professionnels. Youri Dangel, gérant de la guinguette Mas de Riri au bord du Salagou, ajoute : « Si les gens sont suffisamment distants, pour moi il n'y a pas de risque. »



