Un congrès pionnier au CHU de Nîmes
Le docteur Laurent Collombier, neuropédiatre et médecin nucléaire de formation, est aujourd'hui un praticien reconnu en hypnose médicale au Centre d'évaluation et de traitement de la douleur et en oncologie au CHU de Nîmes. Il organise le jeudi 2 octobre un congrès inédit sur l'hypnose en milieu hospitalier, réunissant experts et témoignages de patients.
La découverte de l'hypnose
C'est la confrontation à des patients très douloureux, atteints de cancer et claustrophobes, incapables de passer un Tep Scan, qui a poussé le docteur Collombier à se former à l'hypnose en 2010 auprès de l'institut Émergences de Rennes. Ces patients n'étaient pas soulagés par les traitements médicamenteux habituels. Cette formation a transformé sa pratique : il a découvert une approche qui résonnait avec ses aspirations profondes.
Comment fonctionne l'hypnose ?
L'hypnose permet d'accompagner les patients vers un état de conscience modifié, physiologique, différent du sommeil ou du coma. Cet état est observable par Tep Scan ou IRM fonctionnelle. La pratique est ancienne : dès 1760, Franz-Anton Mesmer en est le précurseur. Au XIXe siècle, un chirurgien a réalisé une mastectomie sous hypnose, et un chirurgien écossais a effectué 400 interventions sous hypnose, réduisant la mortalité opératoire de 45 % à 5 %. Dans les années 2000, des études ont montré que l'hypnose active des réseaux neuronaux spécifiques dans le cerveau. En réalité, chacun vit des expériences d'auto-hypnose depuis la naissance. Le praticien apprend aux patients des techniques pour entrer dans cet état et le reproduire seuls.
À qui s'adresse l'hypnose ?
L'hypnose ericksonienne s'adresse à tous, à condition que le patient soit motivé et volontaire. L'alliance thérapeutique et la confiance réciproque sont essentielles pour son efficacité.
L'hypnose dans le traitement de la douleur
En oncologie, l'hypnose permet de gérer la douleur liée au traitement et à la maladie, mais aussi l'anxiété, la perte d'image corporelle et l'estime de soi. L'auto-hypnose réduit significativement la dépression et l'anxiété. Les bénéfices sont immédiats : diminution de la douleur et de l'anxiété sans effets secondaires. En contexte opératoire, elle réduit les effets secondaires, améliore la récupération, diminue la durée d'hospitalisation, booste la cicatrisation et augmente les cellules immuno-compétentes.
Osons l'hypnose : le congrès du 2 octobre
Ce congrès, une première à Nîmes, vise à montrer les pratiques au CHU, motiver les soignants à se former et partager des témoignages de patients. Il se déroule à la faculté de médecine, sur le campus Carémeau (amphithéâtre Rosalind Franklin). Ouverture à 13h, suivie de quatre ateliers : hypnose en cardiologie, au bloc opératoire, en maternité et en pédiatrie. Après un échange avec le public, reprise à 15h15 avec d'autres ateliers : hypnose au centre de la douleur, en MPR locomotrice, hypnomob et hypnose et IRM. À 16h30, une table ronde réunit des patients témoignant de l'apport de l'hypnose dans leurs soins. Inscription au 04 66 68 35 59 ou par mail à dpc@chu-nimes.fr. Tarif : 80 €.
Et pour la douleur chronique ?
Le docteur Collombier utilise la métaphore de l'iceberg : un dixième du travail visible se fait ensemble, les neuf dixièmes restants se font chez soi, en répétant les techniques. Il cite l'exemple d'une jeune fille souffrant de lombalgie sévère, qui est passée de "je suis douloureuse" à "j'ai une douleur", qu'elle a pu atténuer et mettre à distance. L'hypnose redonne du mouvement et offre des outils pour la maladie et la vie quotidienne, notamment en situation de stress.
Contre-indications et praticiens
L'hypnose est moins efficace chez les personnes psychotiques, traitées par kétamine ou sous antidépresseurs agissant comme une camisole chimique. Tout soignant correctement formé peut pratiquer l'hypnose : infirmières, médecins, kinésithérapeutes, anesthésistes, psychologues, et désormais aides-soignants, qui peuvent assister le médecin lors des soins.
Une approche humanisée du soin
L'hypnose transforme profondément la relation de soin en humanisant l'approche et en redonnant une place centrale au patient. Le patient devient acteur de son soin, retrouve confiance en lui, et n'est plus un objet de soin. Au CHU, depuis 2010, de nombreux soignants ont été formés, mais beaucoup n'utilisent pas cette pratique. Le docteur Collombier souhaite fédérer les énergies et les compétences pour généraliser l'hypnose, notamment au bloc opératoire, où elle est possible avec de la volonté.



