Hyperthermie maligne d'effort : les conseils du Dr Bermon pour éviter la mort
Hyperthermie maligne : les conseils du Dr Bermon

Confusion, troubles de l'équilibre, agitation, comportements incohérents... Derrière certains malaises observés sur les lignes d'arrivée de marathons, lors de trails ou même d'activités professionnelles en extérieur, peut se cacher une urgence médicale encore trop peu reconnue : l'hyperthermie maligne d'effort. Cette pathologie grave, potentiellement mortelle, survient lors d'efforts intenses et prolongés dans une ambiance chaude et humide. Le Dr Stéphane Bermon, directeur du département médical à World Athletics et médecin du sport à l'IM2S à Monaco, mène depuis dix ans des actions de sensibilisation sur ce risque sous-diagnostiqué. « C'est une urgence vitale. Certains malaises à l'effort, voire certains décès, sont en réalité des hyperthermies malignes d'effort qui n'ont pas été identifiées comme telles et donc pas correctement traitées », alerte-t-il.

Un diagnostic précis pour sauver des vies

Le diagnostic repose sur deux critères précis : une température centrale supérieure à 40 °C et des troubles neurologiques variés : apathie, léthargie, agitation, agressivité, troubles de la marche, de la coordination, aphasie, confusion... Le Dr Bermon rappelle un principe essentiel : « Ce n'est jamais normal d'avoir des troubles cognitifs après une course ou un effort physique. » La mesure de la température est cruciale et doit être réalisée avec une sonde adaptée pour évaluer la température centrale, car les sondes auriculaires ou cutanées ne sont pas fiables.

Une fréquence sous-estimée

Contrairement aux idées reçues, l'hyperthermie maligne d'effort n'est pas exceptionnelle. Chez les coureurs amateurs participant à des marathons, les études évoquent un à deux cas pour mille lorsque les températures atteignent 23 à 24 °C. Ce risque est multiplié par deux lorsque le thermomètre approche les 30 °C avec un fort taux d'humidité (au-delà de 80 %). L'humidité joue un rôle majeur : lorsque l'air est saturé en eau, la transpiration est entravée, le corps perd sa capacité à se refroidir et la température centrale grimpe rapidement. Les sportifs de haut niveau ne sont pas épargnés : une étude publiée dans le British Journal of Sports Medicine montre que lors de compétitions d'endurance disputées au-delà de 28 °C, la fréquence peut grimper jusqu'à 16 cas pour mille participants. « Les athlètes élite vont tellement loin dans l'effort qu'ils produisent énormément de chaleur », souligne le Dr Bermon.

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Refroidir d'abord, transporter ensuite

Le principal danger réside dans le retard diagnostique. Il est impératif de ramener la température corporelle à 39 °C dans les trente minutes suivant les premiers symptômes d'hyperthermie. L'état neurologique peut alors s'améliorer en quelques minutes et le patient rentrer chez lui sans autres soins. En revanche, un retard de prise en charge peut entraîner des conséquences dramatiques : atteintes neurologiques, défaillances rénales, hépatiques ou cardiaques, voire défaillance multiviscérale nécessitant plusieurs jours ou semaines de réanimation.

Le traitement est simple : une baignoire gonflable, quelques dizaines de litres d'eau, 10 à 20 kilos de glace et un thermomètre rectal laissé en place pour surveiller l'évolution de la température centrale. L'objectif est d'immerger immédiatement le patient dans un bain d'eau froide, voire glacée, pendant dix à quinze minutes, sans attendre les secours. « Il faut absolument traiter sur place, sous la tente médicale, avant tout transfert à l'hôpital. Le transport vers des urgences pas forcément équipées peut faire perdre un temps précieux et engager le pronostic vital. » Une formule résume cette stratégie : « Cold first, transport second » — le froid d'abord, le transport ensuite. Appliqué rapidement, ce protocole peut donner des résultats spectaculaires : les troubles cognitifs disparaissent parfois en quelques minutes après le refroidissement.

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Prévenir avant tout

Le Dr Bermon donne des conseils aux coureurs : ralentir l'allure, s'hydrater régulièrement (même si cela ne suffit pas à prévenir une hyperthermie maligne) et surtout s'acclimater progressivement à la chaleur avant les compétitions estivales. Cette acclimatation peut être obtenue en s'exposant chaque jour à la chaleur lors d'exercices modérés dans les deux semaines précédant l'épreuve, ou via des séances de sauna ou de hammam. Des mesures simples qui pourraient sauver des vies.

Les organisateurs de course appelés à s'adapter

Le spécialiste appelle également les organisateurs de courses à adapter leurs dispositifs de sécurité : bains gonflables, réserves de glace, thermomètres adaptés et personnels formés au diagnostic rapide et au traitement. Parmi les pistes évoquées : modifier les horaires lors des fortes chaleurs, privilégier des parcours ombragés ou déplacer certaines compétitions à des périodes moins chaudes de l'année. « Réduire simplement la distance n'est pas forcément une bonne contre-mesure. Un coureur qui s'inscrit sur un marathon mais qu'on bascule sur un 10 km va souvent courir beaucoup plus vite... et produire davantage de chaleur. »