Le secteur hospitalier privé français plongé dans une crise financière sans précédent
Le secteur hospitalier privé a enregistré des pertes records en 2025, plaçant près d'un établissement sur deux en situation de déficit financier. Pour la deuxième année consécutive, le bilan est alarmant avec une perte nette de 240 millions d'euros, un niveau qualifié de « jamais-vu » par la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP).
Une situation critique qui s'aggrave rapidement
Selon une étude du cabinet Roland Berger pour la FHP, environ 46% des quelque mille cliniques françaises étaient en déficit en 2025, contre seulement 26% en 2021. Ces chiffres extrapolés à partir des données de 570 établissements révèlent une dégradation spectaculaire de la santé financière du secteur.
Christine Schibler, déléguée générale de la FHP, a souligné lors d'une conférence de presse que les établissements « menacés » restent « essentiels » pour l'accès aux soins. Pourtant, les services les plus critiques sont particulièrement touchés : 66% des cliniques dotées d'un service d'urgences sont déficitaires, tout comme 77% de celles ayant une réanimation et 76% de celles disposant d'une maternité.
Un système de financement rigide et insuffisant
Le modèle économique des cliniques privées présente une vulnérabilité structurelle. « Plus de 90% des ressources » proviennent du remboursement des soins par l'Assurance maladie, avec des tarifs fixés annuellement par le gouvernement. La facturation des chambres particulières est généralement couverte par les complémentaires santé, mais cela ne suffit pas à compenser les déséquilibres.
Christine Schibler a insisté sur le fait que les cliniques n'ont « pas de marge de manœuvre » dans ce système. En 2025, le gouvernement n'a pas suffisamment revalorisé les tarifs des actes, tablant sur une forte croissance du volume d'hospitalisations qui ne s'est « pas réalisée ».
Un désavantage compétitif face au secteur public
La FHP pointe du doigt « un sous-financement » dans le budget de la Sécurité sociale, aggravé par l'inflation et les revalorisations salariales décidées notamment au moment du Ségur de la santé. Lamine Gharbi, président de la FHP, critique des hypothèses de croissance « pas réalistes » et un gel des prix qui pénalise le secteur.
Le déséquilibre avec le secteur public est flagrant : le privé réalise 35% de l'activité hospitalière mais ne reçoit que 17% de l'enveloppe globale, avec des tarifs inférieurs. Cette disparité crée une « distorsion de la concurrence » selon la fédération.
Des difficultés de recrutement et de rétention du personnel
Le secteur privé peine à conserver ses collaborateurs face à la concurrence des hôpitaux publics. L'étude révèle que le salaire net moyen est inférieur de 20% dans les cliniques, et même de 32% pour les aide-soignantes.
Lamine Gharbi a insisté sur l'impossibilité pour les cliniques de revaloriser les salaires comme dans le public, car elles n'ont reçu qu'une enveloppe de 80 millions sur les 140 millions réclamés. « Les cliniques n'ont pas les moyens » de suivre la dynamique salariale du secteur public.
Vers un recours européen pour dénoncer les aides illicites
Face à cette situation, la FHP envisage sérieusement « un recours devant la Commission européenne ». La fédération déposera d'abord une « plainte informelle », puis, « si rien ne bouge d'ici quelques mois, une plainte » officielle.
Lamine Gharbi a précisé que cette action vise à dénoncer « cette aide illicite de l'État vis-à-vis du public ». La menace d'une procédure européenne illustre l'ampleur de la crise et la détermination du secteur privé à obtenir une révision du système de financement.
Cette situation alarmante met en lumière les fragilités structurelles du système de santé français et appelle à une réflexion urgente sur l'équilibre entre secteurs public et privé dans l'offre de soins.



