Hantavirus : l'état de la science et les incertitudes des experts
Hantavirus : l'état de la science et les incertitudes

Alors que le Hantavirus a suscité de vives inquiétudes dans la population, un groupe d'experts a pris la parole à la demande de la ministre de la santé, Stéphanie Rist. Quel est l'état de la science sur ce virus ? On sait d'où il vient, comment il se transmet, et on nous répète de ne pas nous inquiéter, ce qui, paradoxalement, génère de l'inquiétude. On nous rabâche que ce virus « n'a rien à voir avec le Covid ». Mais peut-on légitimement se fier à cette parole ministérielle univoque ?

Des experts convoqués pour faire le point

Face aux doutes, la ministre de la santé, forte de l'expérience et des errements de la crise Covid, a pris le Hantavirus par les cornes et convoqué un aréopage d'experts pour présenter l'état de la science à propos de ce virus des Andes, qui a déjà causé la mort de trois personnes. « On le connaît certes, mais mal », a précisé le professeur Xavier Lescure, infectiologue à l'hôpital Bichat de Paris. « Il faudra attendre le séquençage complet du virus ; il n'est pas impossible que l'on ait affaire à un variant qui a muté, avec des mutations qui génèrent une capacité de transmission majorée. »

Des incertitudes sur la transmission et la létalité

Selon l'ANRS (agence maladies infectieuses émergentes), « aucune mutation particulière associée à une augmentation de transmissibilité ou de virulence n'a été rapportée ». De nouvelles analyses plus poussées sont en cours pour confirmer ces données. L'épidémiologiste Antoine Flahault, bien qu'il se félicite de la réaction du gouvernement français face à l'émergence épidémique d'un virus qu'il qualifie « d'extrêmement sévère », émet des réserves : « On est face à une maladie tropicale négligée, et non, on ne connaît pas tout. Il faut faire attention aux idées reçues. On croit tout savoir de la létalité, des modes de transmission, de la contagiosité. En fait non. L'incubation est peut-être plus courte, quant à la létalité, la question se pose : la fourchette est autour de 32 % certes, dans un village très reculé de la cordillère des Andes, où je ne suis pas sûr qu'il y ait le niveau de technicité de l'hôpital Bichat. En Europe, elle sera peut-être très inférieure. » À ce jour, les scientifiques ne savent pas si une population est plus à risque qu'une autre, en fonction de l'âge ou des comorbidités.

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Ce que l'on sait avec certitude

Malgré les incertitudes, les experts ont quelques convictions. Le professeur Xavier Lescure précise : « On sait de façon fiable comment on peut s'infecter. Le réservoir de cette maladie zoonotique est un rongeur ; l'homme peut s'infecter par morsure ou par aérosol. Par exemple, si on balaie un cabanon souillé par le virus, il suffit de respirer la poussière où le virus peut rester présent jusqu'à plusieurs semaines. Le virus des Andes se transmet entre humains par aérosol, en contact direct prolongé et très rapproché. La phase d'incubation est très longue, entre deux à six semaines. Quant aux symptômes, au début, ils ressemblent à des signes cliniques anodins : fatigue, coup de pompe, puis fièvre, puis atteinte pulmonaire. L'expression de la maladie est rapide ; en quelques jours on bascule de la simple fatigue à l'intubation en réanimation. »

Transmission avant les symptômes ?

De nombreux scientifiques soutiennent que l'on ne transmet la maladie qu'à partir du moment où l'on présente des symptômes. Cependant, le professeur Fleury, virologue à Bordeaux, appuie une autre hypothèse : « Selon une publication de l'OMS, deux jours avant de présenter des symptômes, il est possible de transmettre le virus. » Une théorie partagée par Pierre Tattevin, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Rennes.

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Traitement et vaccin en développement

Olivier Schwartz, directeur de l'unité virus et immunité à l'Institut Pasteur, signale que la recherche s'est coordonnée pour mieux appréhender ce virus qu'il qualifie de « plus simple et rustique que le virus du Covid ». « Il n'existe pas de traitement antiviral spécifique, mais des molécules pourraient être repositionnées, avec des efficacités moindres, et on ne sait pas si ce traitement pourrait avoir des effets bénéfiques sur les patients, a-t-il indiqué. Il n'y a pas de vaccin disponible contre le hantavirus Andes ; celui testé en Corée et en Chine concerne une autre souche de hantavirus et ne devrait pas être efficace pour Andes. D'autres projets en phase clinique et préclinique sont prévus, à base d'ARN ; il est évident que l'on pourrait aller vite. » Un vaccin à ADN serait cependant à l'essai aux États-Unis, en phase d'essai clinique chez l'homme, par l'armée américaine. « Les premiers résultats attestent d'une augmentation du taux d'anticorps, révèle le professeur Hervé Fleury. Pour l'instant, il n'a pas obtenu d'autorisation de mise sur le marché, mais c'est un espoir. »