Depuis le 30 juin, le cabinet médical de Redessan (Gard) est vide. Le docteur Jean-François Rohmer, dernier généraliste du village, a plié bagage, laissant derrière lui un stéthoscope, une table d'auscultation et 4 000 habitants sans médecin traitant. « Ce départ inquiète forcément les administrés… C’est une grande perte pour la commune », regrette Jules Fernandez, le maire sans étiquette de Redessan.
Madeleine Beites, qui vit et travaille dans le village, exprime son angoisse pour sa mère Justine, 80 ans : « Il va falloir prendre la voiture et faire des kilomètres pour trouver un médecin. Pour ma mère, c’est compliqué de se déplacer. Et le médecin que l’on trouvera, il va surtout falloir qu’il accepte les nouveaux patients. »
Une pharmacie en première ligne
Face à cette urgence, la pharmacie Chabrolles, seule officine de la commune, a pris les devants. Le 30 juin, jour même du départ du docteur Rohmer, Clara Munin, 25 ans, a repris l'établissement. Dans l'arrière-boutique, une borne de téléconsultation a été installée. « C’est un outil idéal pour traiter un rhume ou renouveler une ordonnance », explique Annie Chabrolles, la précédente gérante, à l’initiative du projet. La machine, connectée à un médecin à distance, est équipée d’un oxymètre, d’un otoscope et d’un tensiomètre.
François Chabrolles, qui a tenu la pharmacie avec sa femme pendant 39 ans, résume la situation : « Maintenant le pharmacien supplée le médecin généraliste. » La pharmacie délivre aussi des antibiotiques pour certaines infections (angines, cystites) et vaccine, devenant un véritable « pansement » pour la population.
Un désert médical malgré les dénégations de l'ARS
La municipalité qualifie la situation de désert médical. « J’ai déjà alerté à plusieurs reprises l’Agence Régionale de Santé (ARS), mais selon leurs critères, Redessan ne l’est pourtant pas », souffle François Chabrolles. Pourtant, les chiffres de l’INSEE confirment une offre de soins insuffisante dans le Gard : 135 médecins généralistes pour 100 000 habitants, contre 146 en moyenne nationale.
Les grandes villes du département (Nîmes, Alès) bénéficient d’un meilleur accès aux soins, mais dans les zones rurales comme Redessan, le remplacement des médecins reste difficile. En 2024, 6 millions de Français n’avaient pas de médecin traitant, selon les données nationales.
La mairie en quête d’un généraliste
La mairie de Redessan assure travailler activement pour trouver un remplaçant. « Une conseillère travaille à temps plein pour trouver un docteur », affirme le maire Jules Fernandez. Un projet de maison médicale, en partenariat avec la pharmacie, est à l’étude. « Il y aura aussi sans doute des aides financières pour aider l’installation du futur praticien », promet l’élu. Il vante les atouts de la commune : « La ville est super, il y a une école, des commerces, on est à proximité de la gare SNCF. Sans oublier que les habitants sont très sympas. »
Reste à convaincre un médecin de s’installer. « L’image du médecin de campagne, taillable et corvéable à merci, qui travaillait seul, n’est plus d’actualité. Ce n’est plus ce que veulent les futurs praticiens », rappelle Patrick Bouet, ancien président du Conseil national de l’Ordre des médecins, cité par le magazine Harmonie Santé.



