L'ancien ministre de la Santé reprend le combat contre la légalisation de l'euthanasie
Après son passage au gouvernement d'Élisabeth Borne, François Braun a retrouvé sa blouse de praticien aux urgences du centre hospitalier régional de Metz-Thionville. Mais c'est sur un autre front que l'urgentiste de quarante ans d'expérience s'engage aujourd'hui avec détermination : la proposition de loi sur l'aide à mourir, qui arrive en seconde lecture à l'Assemblée nationale ce 24 février.
Un collectif pour une voix nuancée sur la fin de vie
François Braun fait partie des 57 personnalités médicales qui s'opposent au texte dans le cadre du collectif « Démocratie, Éthique et Solidarité ». « Notre objectif est d'ouvrir les yeux sur la réalité de ce débat et de porter une voix nuancée », explique-t-il. Il dénonce un débat confisqué par un lobbying acharné et rappelle qu'une enquête IFOP montre que la majorité des Français serait hostile à l'euthanasie, contrairement au récit dominant.
Quarante ans d'expérience face à la mort
« J'ai une expérience intime de la mort », affirme le médecin, qui a pratiqué des sédations terminales et débranché des respirateurs, y compris pour des enfants. « Ce sont à chaque fois des cas de conscience dramatiques qui vous marquent à vie. Il ne faut pas croire que c'est un acte anodin ». Pour lui, la « fin de vie » comme concept abstrait n'existe pas : seule existe la fin d'une vie, unique et personnelle.
Il réfute catégoriquement l'existence d'« euthanasies clandestines » dans les hôpitaux, soulignant que la loi Claeys-Leonetti permet déjà la sédation profonde jusqu'au décès. « La sédation est un soin, elle fait partie de l'accompagnement. Donner la mort délibérément est contraire à mon éthique de médecin ».
Les risques sociaux d'une légalisation
François Braun met en garde contre les conséquences sociales potentielles de la loi. « Si l'on légalise l'aide à mourir, que fais-je demain face à une jeune femme qui se noie dans sa baignoire avec un mot à ses côtés ? Je la laisse mourir ? ». Il craint que la pression sociale ne pousse les plus fragiles vers la sortie, citant l'exemple de personnes qui envisageraient de mourir pour ne pas être une charge.
Il partage l'analyse de Jean-Marc Sauvé sur le fardeau qui pèserait sur les plus modestes : « Prenez deux hommes de 70 ans avec le même cancer... Lequel va demander à mourir ? Probablement celui qui n'a pas accès aux soins palliatifs ou à un entourage présent ».
Un développement insuffisant des soins palliatifs
Interrogé sur son action en tant que ministre, François Braun reconnaît les limites du développement des soins palliatifs. « Ce lobbying, je l'ai vécu de très près au gouvernement », confie-t-il, déplorant que le ministre de la Santé n'ait jamais été entendu par le CESE lors des discussions de la Convention citoyenne.
Il critique également l'évolution du texte législatif : « Le texte sur les soins palliatifs devrait faire l'unanimité, mais on est en train de l'amputer ». Il craint que demain, il soit plus facile d'accéder à l'euthanasie qu'à une unité de soins palliatifs.
Une position ferme mais ouverte au débat démocratique
En conclusion, François Braun réaffirme son opposition : « En tant que médecin, je suis contre. En tant qu'homme, j'ai mes convictions ». Mais en tant que citoyen attaché à la démocratie, il suivra la loi si elle est votée, à condition que le débat ait été réellement éclairé.
Il souligne que le collectif intègre désormais « le collectif des Éligibles et leurs aidants », des patients qui pourraient demander l'euthanasie mais qui affirment vouloir vivre. « Si notre société veut absolument aller vers cela, le suicide assisté est sans doute la 'moins mauvaise' solution », concède-t-il, tout en refusant catégoriquement l'euthanasie comme acte médical, qu'il qualifie de « saut dans l'inconnu ».



