L'épidémie d'Ebola dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) est désormais qualifiée de « hors de contrôle » par les autorités sanitaires, alors que le cap des 100 jours a été franchi. Selon le ministère de la Santé congolais, le bilan dépasse les 1 000 morts, faisant de cette flambée la deuxième plus meurtrière de l'histoire après celle de l'Afrique de l'Ouest en 2014-2016.
Une progression alarmante dans des zones de conflit
L'épidémie, déclarée le 1er août 2018 dans la province du Nord-Kivu, s'est rapidement étendue aux zones de santé de Beni, Butembo et Katwa, où les groupes armés mènent des attaques récurrentes. Ces violences ont entravé les opérations de riposte, notamment la vaccination des contacts et l'enterrement sécurisé des défunts, permettant au virus de se propager dans des communautés hostiles aux soignants.
« Nous sommes dans une situation de guerre, et le virus en profite », a déclaré le docteur Jean-Jacques Muyembe, coordonnateur de la riposte, cité par l'Agence France-Presse. Les équipes médicales ont dû suspendre à plusieurs reprises leurs activités après des attaques contre les centres de traitement, dont celle de Beni en décembre qui a fait plusieurs blessés.
Une réponse internationale sous tension
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a maintenu son niveau d'alerte maximal, mais a reconnu que la couverture vaccinale restait insuffisante dans les zones les plus touchées. Plus de 60 000 personnes ont été vaccinées avec le vaccin expérimental rVSV-ZEBOV, mais la mobilité des populations et la défiance envers les autorités limitent son efficacité.
Les organisations humanitaires, comme Médecins sans frontières (MSF), dénoncent un manque de financement et de coordination. « La réponse est insuffisante par rapport à l'ampleur de la crise », indique un rapport interne de MSF consulté par Libération. La RDC a également enregistré des cas dans la province voisine de l'Ituri, où l'insécurité est tout aussi prégnante.
Un impact sanitaire et social majeur
Outre les décès, l'épidémie a des répercussions sur les systèmes de santé locaux : les centres de santé ont vu leur fréquentation chuter de 30 %, et les campagnes de vaccination contre la rougeole et le choléra ont été suspendues dans plusieurs zones. Les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables, représentant plus de la moitié des cas.
Les autorités congolaises et l'OMS tentent d'intensifier la surveillance et la sensibilisation, mais la fin de l'épidémie ne semble pas proche. Selon les projections, le nombre de cas pourrait doubler d'ici à la fin de l'année si la situation sécuritaire ne s'améliore pas. La coordination avec les pays voisins, notamment l'Ouganda et le Rwanda, reste une priorité pour éviter une propagation régionale.



