Le projet de budget de la Sécurité sociale, qui prévoit de transférer le remboursement des cures thermales aux complémentaires santé, suscite une vive inquiétude à Balaruc-les-Bains, dans l'Hérault, où se situe la première station thermale de France. Son directeur, Paul-François Houvion, dénonce une décision "sournoise" et redoute un "tsunami" économique pour le territoire, dépendant du tourisme médical.
Une décision jugée "sournoise" et précipitée
Interrogé par Midi Libre, Paul-François Houvion exprime sa colère : "C'est sournois et ce n'était pas l'engagement pris." Il rappelle que la Haute Autorité de Santé (HAS) évalue actuellement le service médical rendu (SMR) des cures thermales. "On a répondu le 7 septembre pour expliquer nos orientations et les pathologies traitées avec la médecine thermale. Trois semaines plus tard, on nous dit que le remboursement des cures passe dans le panier des complémentaires santé."
Le directeur souligne que ces complémentaires n'ont "aucune obligation légale de prise en charge". Pour les retraités détenant des contrats individuels, cela entraînera des hausses de cotisations ou le basculement de la cure en option payante. "On peut dire que c'est la fin du thermalisme social. Venir à Balaruc va devenir un privilège réservé aux plus aisés capables de financer eux-mêmes leur cure", ajoute-t-il.
Un "tsunami" pour Balaruc-les-Bains
Le directeur des thermes met en avant l'impact économique majeur pour la ville. "En ce moment, nous avons environ 5 000 curistes dans nos thermes. Avec les accompagnants, disons que nous faisons venir entre 7 000 et 8 000 personnes à Balaruc. On double la population de la ville", explique-t-il. "Ce qu'on prend avec ce déremboursement, c'est un tsunami pour Balaruc. Je suis non seulement inquiet pour ma filière, mais aussi pour le territoire, les emplois locaux, pour ces gens qui ont investi dans un logement ici pour le louer aux curistes et compléter leur retraite."
Interrogé sur l'expression de "plan social déguisé" employée par certains professionnels du secteur, Paul-François Houvion répond : "Oui. Globalement, on a quelque chose qui fonctionne. Le plan social, il n'est pas déguisé. Ils n'en ont rien à faire. On tape sur le thermalisme pour ne pas faire de vraie réforme ailleurs."
Des chiffres qui interrogent
Le directeur des thermes de Balaruc-les-Bains rappelle que les cures thermales représentent "0,07 % du budget de l'Assurance maladie". Il souligne : "Pour une économie estimée à 200 M€, on va remettre en cause l'existence même de la médecine thermale. C'est fou…"
Il précise également le mode de remboursement actuel : "L'Assurance maladie assure un taux de remboursement de 65 % qui s'applique uniquement sur la base du tarif forfaitaire de responsabilité (tarif social). En prenant en compte les 35 % non remboursés et le complément tarifaire appliqué ces dernières années, le remboursement réel moyen pour un curiste s'élève à seulement 52 % du coût de la cure."
Il ajoute que 80 % des curistes de Balaruc ne viennent pas d'Occitanie, ce qui implique des frais de déplacement et de logement supplémentaires. "Mais clairement, on n'est pas là pour passer des vacances payées par la Sécurité sociale. On n'est pas sur un soin de confort", insiste-t-il.
Une décision prise sans attendre l'évaluation de la HAS
Le cabinet de la ministre de la Santé justifie cette décision par la volonté de "préserver le meilleur remboursement sur les soins les plus efficaces médicalement". Une justification que Paul-François Houvion conteste vivement : "On n'a même pas le compte rendu de la Haute Autorité de santé (HAS), que cette décision est prise. On juge sans savoir."
Il poursuit : "Qu'un établissement ou deux n'aient pas les bonnes orientations, d'accord. Mais là, sans évaluation, on prend une décision couperet. C'est du foutage de gueule. La ministre s'attaque au plus faible. Pour aller gagner 0,1 % du budget de l'Assurance maladie, vous nous foutez la merde. J'ai une colère vis-à-vis de cette ignorance. Les patients sont pris en otage."
Le directeur des thermes de Balaruc-les-Bains s'inquiète également des alternatives vers lesquelles les patients pourraient se tourner. "On va orienter les gens vers des alternatives douteuses, à l'heure où on se bat contre la 'fake médecine', où les patients vont entendre 'donnez-moi 700 €, je vais vous trouver un remède miracle'", déplore-t-il, avant de s'interroger : "Où est la compréhension de ce qu'est véritablement une douleur chronique ? Où est l'enjeu du maintien à domicile le plus longtemps possible ?"
Les présidentes et présidents de Régions ont lancé un appel aux parlementaires à rejeter cette mesure, pointant le risque d'un recours à des alternatives moins efficaces et plus coûteuses. Paul-François Houvion espère que l'étude de la HAS rendra ses conclusions pour que "ensuite on travaille sereinement". "Démontrer que notre eau fonctionne, que les tests sont bons… On ne peut pas détruire une filière d'un claquement de doigts. Il n'y a pas de logique", conclut-il.