Cadeaux d'entreprise : la DGSI alerte sur les risques d'espionnage
Cadeaux d'entreprise : la DGSI alerte sur l'espionnage

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) met en garde les chefs et cadres d'entreprises contre les cadeaux offerts dans le cadre de relations professionnelles ou commerciales. Dans une note publiée sur son site internet et dévoilée par Le Point, le renseignement intérieur alerte sur le fait que ces attentions « peuvent masquer des buts, susceptibles de constituer une ingérence ou de placer le récipiendaire en position de fragilité ». Plusieurs cas anonymisés d'entreprises récemment piégées par des acteurs étrangers ont été révélés, afin de les « déstabiliser » ou « d'obtenir des informations confidentielles ».

Des objets symboliques piégés

L'espionnage peut prendre différentes formes. Un établissement industriel « exerçant ses activités dans un secteur sensible » a reçu la visite de plusieurs partenaires étrangers, qui ont « offert des cadeaux sous forme d'objets symboliques à plusieurs dirigeants de l'établissement ». Dans un premier temps, rien à signaler, mais certains dirigeants ont constaté que les objets, « qui semblaient identiques à première vue, présentaient des différences légères, certains étant plus lourds que d'autres ».

« Une première analyse technique a révélé une anomalie grave au sein de l'un des objets », soupçonné de renfermer un système de captation. « Tous les cadeaux offerts par la délégation étrangère ont été immédiatement écartés de l'établissement. »

Des clés USB vérolées

Dans la même veine, des représentants d'une société française en déplacement à l'étranger se sont vus offrir des goodies de la part d'une société étrangère évoluant dans la même sphère d'activité, notamment des clés USB. À leur retour en France, « ces derniers ont eu le réflexe de confier ces clés USB à la direction sûreté de l'entreprise pour expertise ». Il s'est avéré que deux d'entre elles « contenaient un malware déguisé sous la forme d'un raccourci Windows sur le répertoire racine de la clé ». Dans le doute, « elle a cessé tout contact avec la société étrangère ».

Des soirées à hauts risques

Autre exemple, au cours d'un salon international organisé en France, « des salariés et dirigeants de plusieurs entreprises françaises, dont certaines évoluent dans des secteurs stratégiques, ont été approchés par le représentant d'une entreprise étrangère ». La discussion se termine au restaurant et en discothèque, « l'ensemble des frais de la soirée, qui s'élevaient à plusieurs dizaines de milliers d'euros, étant payés par l'entreprise étrangère ».

Les investigations de la DGSI ont permis de révéler que l'objectif « était de collecter des informations confidentielles et de compromettre certains participants en les incitant à consommer de l'alcool et pouvoir les photographier dans des situations potentiellement gênantes ». De tels clichés peuvent servir de moyens de pression sur les personnes visées.

Les cadeaux de grande valeur (objets de luxe, voyages, évènements prestigieux) « peuvent constituer des leviers à moyen terme et devenir des motifs de chantage, même plusieurs années après avoir été offerts », souligne la DGSI.

Des recommandations pour les entreprises

Le renseignement intérieur préconise ainsi « d'évaluer les risques liés à l'acteur étranger à l'origine du cadeau », « d'étudier avec son responsable sûreté toute invitation à un évènement », ou encore de « ne jamais utiliser un appareil numérique dont la sécurité n'est pas entièrement garantie ». Il alerte aussi les entreprises sur le fait de « sensibiliser régulièrement l'ensemble du personnel aux risques associés aux cadeaux » et de « mettre en place une charte interne dédiée aux cadeaux ».