Le professeur Jean-Michel Dubernard, chirurgien spécialiste des greffes, a accepté de répondre aux questions du Point pour dissiper les nombreuses idées reçues qui entourent le don d'organes. Selon lui, la méconnaissance du grand public est un frein majeur à l'augmentation du nombre de donneurs.
Idée reçue n°1 : on peut être déclaré mort par erreur
« Beaucoup de gens craignent que les médecins ne fassent pas tout pour les sauver s'ils sont donneurs », explique le Pr Dubernard. Il insiste sur le fait que « le diagnostic de mort encéphalique est extrêmement rigoureux, avec des protocoles stricts et une double vérification par des médecins indépendants ». En France, la mort encéphalique est définie par l'absence totale de réflexes du tronc cérébral et un électroencéphalogramme plat pendant au moins 30 minutes.
Idée reçue n°2 : le corps est défiguré après le prélèvement
Le chirurgien précise que « les prélèvements sont effectués avec le plus grand respect du corps. Les incisions sont refermées comme après une opération classique, et le corps peut être exposé en cercueil ouvert ». Une enquête de l'Agence de la biomédecine indique que 95 % des familles de donneurs se disent satisfaites de la manière dont le corps a été traité.
Idée reçue n°3 : les religions interdisent le don d'organes
« Aucune grande religion ne s'oppose au don d'organes », affirme le Pr Dubernard. « L'Église catholique, l'islam, le judaïsme, le bouddhisme et l'hindouisme le considèrent comme un acte de générosité et de solidarité. » En 2020, le Vatican a réaffirmé que le don d'organes est « un acte d'amour et de partage ».
Idée reçue n°4 : on peut vendre ses organes
Le spécialiste rappelle que « le trafic d'organes est strictement interdit en France et puni par la loi. Le don est gratuit et anonyme ». Selon l'Agence de la biomédecine, 5 800 personnes sont en attente de greffe en 2023, mais seulement 3 600 greffes ont été réalisées en 2022, faute de donneurs.
Idée reçue n°5 : il faut être en bonne santé pour donner
« Même avec des maladies chroniques comme le diabète ou l'hypertension, il est possible de donner certains organes », explique le Pr Dubernard. « Les équipes médicales évaluent chaque cas individuellement. En 2022, 15 % des donneurs décédés avaient plus de 70 ans. »
Comment se positionner ?
En France, le principe est le consentement présumé : toute personne est considérée comme donneur sauf si elle s'y est opposée de son vivant. Pour s'opposer, il faut s'inscrire sur le registre national des refus. Le Pr Dubernard encourage chacun à parler de son choix à ses proches : « Dans 30 % des cas, le refus de la famille empêche le prélèvement, faute de connaître la volonté du défunt. »



