Une étude publiée dans la revue Science le 19 juillet 2026 lève le voile sur les mécanismes génétiques qui sous-tendent la division du travail chez les fourmis. Des chercheurs de l'Université de Lausanne ont découvert que la spécialisation des tâches au sein des colonies repose sur l'expression de gènes spécifiques, et non sur une hiérarchie sociale comme on le pensait auparavant.
Une découverte qui bouleverse les connaissances
« Nous avons identifié que les fourmis ouvrières se répartissent les tâches en fonction de leur profil génétique, et non en réponse à des signaux sociaux », explique le Dr. Maria Rossi, auteure principale de l'étude. En analysant l'activité génétique de plus de 10 000 fourmis de l'espèce Formica fusca, les scientifiques ont mis en évidence que les individus chargés de la recherche de nourriture expriment un ensemble de gènes différent de ceux qui s'occupent du soin du couvain.
Ces résultats remettent en cause les théories dominantes qui attribuaient la division du travail à une organisation sociale flexible. « Pendant des décennies, on a cru que les fourmis ajustaient leurs rôles en fonction des besoins de la colonie. Or, notre travail montre que cette spécialisation est en grande partie déterminée génétiquement », ajoute le Dr. Rossi.
Un mécanisme épigénétique en jeu
L'étude révèle également que des modifications épigénétiques, c'est-à-dire des changements dans l'expression des gènes sans altération de la séquence ADN, jouent un rôle clé. Les chercheurs ont observé que les fourmis nourricières présentent un niveau plus élevé de méthylation de l'ADN sur certains gènes liés au comportement alimentaire, tandis que les butineuses montrent une méthylation accrue sur des gènes associés à l'exploration.
« C'est un peu comme si chaque fourmi avait un 'programme' génétique qui la prédispose à un type de tâche, mais ce programme peut être modifié par des signaux environnementaux », précise le co-auteur, le Pr. Jean Dupont. Cette plasticité permet à la colonie de s'adapter rapidement à des changements, comme une pénurie de nourriture.
Des implications pour la biologie évolutive
Cette découverte a des implications importantes pour la compréhension de l'évolution sociale chez les insectes. « La division du travail est l'un des piliers de l'organisation des sociétés d'insectes. Comprendre ses bases génétiques nous aide à expliquer comment ces systèmes complexes ont évolué », déclare le Dr. Rossi.
Les chercheurs envisagent désormais d'étudier d'autres espèces de fourmis pour voir si ce mécanisme est universel. « Nous soupçonnons que ce modèle génétique pourrait être commun à de nombreuses espèces sociales, voire à d'autres animaux comme les abeilles ou les termites », conclut le Pr. Dupont.



