Une vingtaine de maires et élus du nord du Gard ont adressé une lettre ouverte au président Emmanuel Macron pour solliciter l'autorisation de faire venir des médecins cubains dans leurs communes, afin de remédier à la grave pénurie de soignants. Sylvain André, maire PCF de Cendras, compare la situation à celle vécue pendant la pandémie de Covid-19 : "On vit une situation équivalente à celle connue pendant le Covid !" Dans de nombreuses localités autour d'Alès, "la situation devient très critique, on fait face tous les jours à des gens en détresse car ils n'ont plus de médecins".
Une lettre ouverte à l'Élysée
Ce mercredi 9 juillet, le courrier recommandé a été envoyé à destination du chef de l'État, signé par une vingtaine d'élus de l'Agglo d'Alès, de Cèze Cévennes et de la basse Lozère. Les signataires demandent l'approbation d'une "venue transitoire" de médecins cubains sur leur territoire, une solution temporaire pour pallier l'absence de praticiens "le temps que de nouveaux soient formés en France".
Pourquoi Cuba ?
Sylvain André justifie ce choix par le fait que Cuba dispose d'un grand nombre de médecins, reconnus internationalement pour leur qualité. Il y voit une conséquence de l'embargo économique imposé à l'île : "Sans possibilité d'exporter des produits, Cuba a misé sur d'autres professions. Et on n'est pas là pour dépouiller un pays de ses médecins à notre profit, cet État en a suffisamment pour sa population." Il rappelle également que des médecins cubains avaient été déployés en urgence aux Antilles durant la crise du Covid, où leur engagement avait été salué. Une mobilisation similaire avait déjà eu lieu dans la région de Guingamp, en Bretagne, il y a quelques mois.
Les modalités envisagées
Selon le maire de Cendras, il suffirait "d'une convention signée par le président" pour lancer l'expérimentation. Il reconnaît des freins, car Cuba est un pays hors Union européenne, mais estime qu'ils sont "levables si le président le décide". Les médecins resteraient salariés de leur pays, mais bénéficieraient d'une prime, tandis que la France devrait répondre à leurs besoins en logement. Sylvain André précise : "Nous ne sommes pas encore à voir comment les installer, bien que je pense, vu nos cabinets et maisons médicales, qu'il n'y aura pas de problèmes."
Une tension qui monte
La liste des signataires est principalement composée d'élus de gauche, mais la vision politique est écartée face à l'urgence. Serge Bord, maire de Saint-Julien-les-Rosiers, qui a récemment perdu son dernier médecin, soutient l'initiative : "Ces élus ont raison de se bouger." Les solutions actuelles, comme la réorientation vers les pôles santé ambulatoires ou la maison médicale de garde à l'hôpital d'Alès, restent fragiles. Serge Bord n'exclut pas de porter plainte contre l'État pour inaction : "C'est comme si on disait de fermer les écoles à cause de pénurie d'enseignants !" Il se dit attentif à la réponse de l'Élysée, mais sans illusion.
Jean-Luc Gibelin, vice-président d'Occitanie et adjoint au maire de Salindres, a également signé la lettre. Il souligne que la Région a déjà engagé un plan de santé avec le recrutement de 100 médecins, mais qu'au niveau communal, la situation reste très tendue, justifiant son soutien à la démarche.
Liste des signataires
Voici les élus qui ont signé le courrier adressé à l'Élysée :
- Maires : Sylvain André (Cendras), Julie Lopez-Dubreuil (Saint-Jean-du-Pin), Claude Cerpédès (Saint-Martin-de-Valgalgues), Serge Bord (Saint-Julien-les-Rosiers), Michel Mercier (Le Martinet), Jean-Marie Malaval (Concoules), Florence Bouis (Molières-sur-Cèze), René Meurtin (Sénéchas), Marielle Vigne (Tornac), Marc Sasso (Le Chambon), Georges Ribot (Soustelle), Émile Corbier (Chamborigaud), Guy Cheron (Génolhac), Alain Louche (Saint-Martin-de-Boubaux), Christian Teissier (Méjannes-lès-Alès), Joseph Barba (Laval-Pradel), Guy Manifacier (Saint-Sébastien d'Aigrefeuille), Marc Jekal (Saint-Jean-de-Valériscle), Michel Bonnet (Saint-Michel-de-Dèze), Jean-Noël Puddu (Vabres), Michel Reydon (Vialas).
- Autres élus : Yannick Louche (président du syndicat des hautes vallées cévenoles), Patrick Malavieille (vice-président du Département du Gard), Jean-Luc Gibelin (adjoint au maire de Salindres), Isabelle Fardoux-Jouve et Cathy Ville-Chaulet (conseillères départementales).



