« Tu cours tous les jours ? Mais tu vas te flinguer les genoux », s'inquiète mon collègue François, que les habitués du journal connaissent sous le nom d'Oncle Obs. Il n'est pas le seul à croire que la course provoque de l'arthrose : « On a mené des études de sondage pour savoir ce que les gens pensaient des effets de la course à pied sur la santé, raconte Jean-François Esculier, physiothérapeute à la Clinique du Coureur. Les trois points qui ressortent, c'est que courir souvent, courir de longues distances (comme des marathons) et courir sur des surfaces dures serait mauvais pour les genoux. »
Des croyances populaires contredites par la science
Pourtant, les travaux de recherche n'appuient pas ces affirmations. Du moins, pas ceux réalisés dans les dernières décennies. Durant les années 1970 et 1980, des chercheurs ont voulu évaluer les effets d'impacts répétés sur les cartilages. « Ils remarquaient qu'après un certain nombre de ces chocs, souvent excessifs, il y avait une dégénérescence du cartilage, affirme Jean-François Esculier. Le problème, c'est que les tests étaient réalisés sur des animaux ou sur des échantillons de cartilage isolés, pas dans des conditions réelles de course. »
Les études plus récentes, menées sur des coureurs humains, montrent au contraire que la course à pied pourrait avoir un effet protecteur sur les genoux. Une méta-analyse de 2023, publiée dans le Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, a examiné les données de plusieurs milliers de coureurs et non-coureurs. Résultat : les coureurs réguliers présentaient un risque d'arthrose du genou inférieur de 15 % par rapport aux sédentaires.
Comment expliquer ce paradoxe ?
« Le cartilage s'adapte aux contraintes mécaniques, comme un muscle s'adapte à l'exercice », explique le physiothérapeute. Lorsque l'on court, le cartilage est comprimé et décomprimé, ce qui stimule la production de liquide synovial et favorise la nutrition des cellules cartilagineuses. À condition que la charge d'entraînement soit progressive et adaptée. « La chose à retenir, c'est qu'il faut augmenter sa charge d'entraînement de façon raisonnable et progressive, en écoutant son corps », insiste Jean-François Esculier.
Les surfaces dures ne sont pas non plus un problème en soi. « Ce qui compte, c'est la force d'impact et la fréquence des pas, pas la surface elle-même », précise-t-il. Courir sur du bitume peut même être moins traumatisant que courir sur de l'herbe bosselée, car le terrain est plus stable.
Quand la course devient problématique
Il existe toutefois des situations où la course peut être nocive pour les genoux. Les blessures aiguës, comme les entorses ou les fractures de stress, sont plus fréquentes chez les coureurs. Mais elles ne sont pas liées à l'arthrose. Les problèmes chroniques surviennent surtout en cas de mauvaise technique de course, de chaussures inadaptées ou de reprise trop brutale après une période d'arrêt.
« Les coureurs qui ont des antécédents de blessures au genou doivent être prudents, mais cela ne signifie pas qu'ils doivent arrêter de courir », tempère le spécialiste. Une rééducation adaptée et un renforcement musculaire permettent souvent de reprendre sans risque.
En conclusion, la croyance selon laquelle la course à pied détruit les genoux est infondée. Les données scientifiques actuelles suggèrent même le contraire : courir modérément et progressivement renforce les articulations. Alors, n'hésitez plus à chausser vos baskets, mais faites-le avec bon sens.



