#cortisolface : une tendance TikTok dangereuse selon les médecins
#cortisolface : tendance TikTok dangereuse

Une tendance virale qui persiste

Apparu à l'été 2024, le hashtag #cortisolface a dépassé les 2,5 millions de vues sur TikTok, tandis que #moonface culminait à plus de 93,9 millions. Selon un article du service de dermatologie de la George Washington University publié fin mai 2026, le phénomène continue de saturer les fils d'actualité, porté par des vidéos « avant/après » au ton toujours plus affirmatif.

Des influenceurs aux méthodes douteuses

Parmi les comptes qui alimentent la tendance, l'influenceuse Anémone Héry (@anemonehery, 551 000 abonnés) multiplie les vidéos comme « 5 conseils pour baisser le cortisol » ou « 4 choses à faire pour baisser ton cortisol », et renvoie en bio vers un pack de compléments alimentaires vendu en affiliation, baptisé « DUO – Berbérine – Cortisol Balance ». La créatrice Anna Vaneta (@annavaneta, 61 000 abonnés) détaille son propre protocole : attendre trente minutes le matin avant de toucher son téléphone, éviter le café à jeun, prendre un complément de magnésium, opter pour un petit-déjeuner salé, et écouter de la musique relaxante ou une méditation guidée sur YouTube.

Des solutions sans fondement scientifique

Pour « dégonfler » leur visage, les créateurs de contenu recommandent massages lymphatiques, gua sha, rouleaux de jade, compresses froides, rituels « anti-stress » et compléments alimentaires « anti-cortisol » présentés comme la solution définitive, sans aucune étude scientifique pour étayer l'efficacité de ces méthodes.

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Un diagnostic impossible à l'œil nu

Interrogé, le Pr Hansel est catégorique : « D'un point de vue médical, on ne peut pas réellement identifier un excès de cortisol simplement en regardant notre visage le matin. » Le cortisol est une hormone indispensable, c'est elle qui permet de se lever le matin mais « elle fluctue énormément en fonction du moment de la journée et de ce qu'on fait dans la vie », explique-t-il. « C'est comme votre humeur : ce n'est pas parce qu'un jour vous êtes de mauvaise humeur que vous avez un problème. »

Il existe bien une maladie liée à un excès réel de cortisol, l'hypercortisolisme (syndrome de Cushing), mais elle reste très rare, 40 à 70 cas sur un million de personnes selon les estimations américaines et se manifeste par un « visage lunaire », rond et rosé, associé à une prise de graisse abdominale. En dehors de cette pathologie précise, le verdict est sans appel : « C'est non seulement faux, mais dangereux de raconter des choses pareilles. »

Un vrai danger psychologique

Ces vidéos « peuvent déclencher non seulement un complexe, un mal-être, et puis une obsession de faire ceci ou cela pour corriger » un problème imaginaire, alerte le Pr Hansel, qui voit arriver en consultation des patients persuadés d'un trouble hormonal inexistant. « On n'a déjà pas assez de médecins qui ont du temps médical pour s'occuper des malades », regrette-t-il. Il consacre en revanche une partie de son activité à la vulgarisation en collaborant à la chaîne YouTube PUMS (Pour une Meilleure Santé), soutenue par l'Université Paris Cité : « Il faut être sur le terrain, on ne peut pas lutter contre ça en consultation. »

Comment repérer une information fiable

Le Pr Hansel propose trois critères : la personne est-elle diplômée d'État en santé (un coach ou un naturopathe ne l'est pas légalement) ? Y a-t-il un intérêt commercial (produit ou méthode à vendre) ? L'information est-elle validée par les autorités de santé (Santé publique France, OMS, Assurance maladie) ? Sur la « cortisol face », ces trois critères sont négatifs. « Ça fait perdre la hiérarchie des connaissances en médecine », déplore-t-il.

Pourquoi ce genre de vidéo cartonne ?

La recette du succès tient en deux ingrédients, selon lui : « C'est concernant, puisque tout le monde est concerné par ça ou presque, et il y a de l'émotion. » Un mécanisme qu'il retrouve dans la plupart des tendances virales de santé : se reconnaître dans une vidéo, ressentir une émotion, puis se voir proposer une solution immédiate, amplifié par la culture de l'auto-diagnostic chez les jeunes générations.

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