Étude à Monaco : le cerveau des anciens pilotes passé au crible
Cerveau des anciens pilotes : résultats d'une étude inédite

Une étude inédite sur le cerveau des anciens pilotes automobiles

Entre 2019 et 2021, douze anciens pilotes résidant en Principauté de Monaco ont participé à une étude unique en son genre au Centre hospitalier Princesse Grace (CHPG). Ces pilotes, âgés de 33 à 77 ans, ont accepté de se soumettre à une série de tests approfondis pour explorer les éventuelles séquelles de leur carrière sur leur cerveau. Les résultats, publiés dans la revue scientifique Sports Medicine, offrent un éclairage nouveau sur les effets à long terme de la pratique du sport automobile.

Pourquoi cette étude ?

Les pilotes de Formule 1 et d'autres disciplines automobiles sont exposés à des conditions extrêmes : forces G, accélérations et décélérations brutales, stress intense. Même sans accident, le cerveau, flottant dans le liquide céphalorachidien, peut heurter la boîte crânienne. Le Dr Benoît Paulmier, président de la Commission médicale de l'Automobile Club de Monaco et chef du service de médecine nucléaire au CHPG, explique : « Outre le risque de crash, il y a les accélérations et décélérations brutales classiques. Le cerveau peut cogner contre la boîte crânienne. »

Les tests réalisés

Les douze anciens pilotes, issus de la F1, du WRC et de l'endurance, ont passé une batterie de tests entre 2019 et 2021 :

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  • Tests neuropsychologiques
  • Oculométrie pour suivre les mouvements oculaires
  • IRM ciblées sur les neurones
  • PET-scan pour détecter des cicatrices cérébrales

Ces examens ont été menés par le Dr Kevin Polet, neuropsychologue au centre mémoire du Centre Rainier-III, et le Dr Benoît Paulmier, co-auteurs de l'étude.

Résultats principaux

Des stigmates mais pas d'inquiétude immédiate

Premier constat rassurant : « Il n'y avait pas de menaces ni d'inquiétudes à avoir sur leur santé », selon le Dr Paulmier. Cependant, 92 % des pilotes présentaient des stigmates de traumatismes passés, notamment au niveau des fibres nerveuses, les voies de communication les plus sensibles aux forces d'accélération.

Anomalies oculaires liées à la carrière

Seules les anomalies liées aux mouvements oculaires ont pu être directement corrélées à l'exposition prolongée au sport automobile. Cela suggère que les pilotes développent des adaptations spécifiques.

Capacités cognitives exceptionnelles

Malgré que trois quarts des pilotes rapportent des difficultés de concentration, les tests ont révélé des capacités cognitives hors normes : « Ils possèdent une vitesse de traitement de l'information et une capacité à explorer le champ visuel bien au-delà de la population standard. » Les chercheurs estiment qu'il faudra adapter les outils cliniques pour détecter plus finement d'éventuelles dégradations.

Perspectives futures

Les médecins souhaitent poursuivre leurs recherches. Le Dr Paulmier annonce : « Ces prochains mois, nous allons partager ces résultats avec la FIA. Nous aimerions étudier des pilotes en activité, mais cela nécessite l'accord des écuries. » À plus long terme, ils envisagent de suivre les pilotes dès l'adolescence, pendant leurs années karting, pour établir un état de référence et détecter précocement d'éventuelles modifications cérébrales.

Cette étude ouvre la voie à une meilleure compréhension des effets du sport automobile sur le cerveau et à des mesures de prévention pour les pilotes actuels et futurs.

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