Les dérivés synthétiques du CBD, vendus parfois comme du « CBD fort », provoquent des passages aux urgences pour des troubles psychologiques et cardiovasculaires. La professeure Hélène Peyrière, pharmacienne clinicienne au CHU de Montpellier et responsable du service régional d’addictovigilance, alerte sur la multiplication des signalements en France.
Des signalements en hausse et des produits dangereux
« Nous avons eu à Montpellier, comme en région et dans toute la France, des signalements d’usagers qui ont voulu acheter du CBD dans des boutiques et qui ont fait des événements indésirables assez graves : des attaques au niveau psychologiques ou des troubles cardiovasculaires avec de la tachycardie et des palpitations », explique la professeure Peyrière. Les analyses des produits ont révélé la présence de cannabinoïdes de synthèse, parfois 100 fois plus puissants que le cannabis.
« Il y a ces dernières semaines une augmentation des signalements et, dans la majorité des cas, ce sont des usagers qui voulaient acheter du CBD », précise-t-elle. Face à ces signalements, « des dizaines dans l’Hexagone », le centre d’addictovigilance les transmet à l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé).
Un statut pseudo-légal qui complique l’action
Le problème réside dans le « statut pseudo-légal de ces produits », souligne la spécialiste. Les autorités sanitaires ne peuvent pas ordonner la fermeture des boutiques, sauf en cas de mise en danger de la vie des gens. Cependant, des interdictions de cannabinoïdes sont régulièrement prononcées, comme en mai 2024, avec leur classement dans la liste des stupéfiants.
Le cadre légal du CBD en France est strict : depuis 2021, les produits au CBD peuvent être vendus s’ils ne dépassent pas 0,30 % de THC. Depuis 2022, cette autorisation vaut aussi pour les fleurs et feuilles respectant ce seuil. Mais depuis le 15 mai 2026, les produits alimentaires contenant du CBD – huiles, gummies, bonbons ou boissons – ne sont plus tolérés, faute d’autorisation européenne « Novel Food » et de données suffisantes sur leur innocuité, notamment pour le foie et les systèmes nerveux, endocrinien et reproductif.
Un marché important et des contournements incessants
Cette décision touche un marché déjà bien installé : près de 2 000 boutiques spécialisées et environ 8 000 bureaux de tabac vendent du CBD en France. Les trafiquants, eux, inventent sans cesse de nouvelles molécules psychoactives. Le HHC, le HHCO et le HHCP ont été classés stupéfiants en 2023. En 2024, l’ANSM a interdit le H4-CBD, le H2-CBD, le HHCPO, le THCP et plusieurs familles entières de cannabinoïdes pour empêcher les contournements. Le 10-OH-HHC, apparu après l’interdiction du HHC, n’est toujours pas classé stupéfiant en France.
« Les CBD synthétiques ou hémi-synthétiques dénaturent l’usage du CBD », insiste la professeure Peyrière. Ces produits, modifiés pour contourner les interdictions strictes du THC, sont vendus comme du « CBD fort », mais « on ne sait pas ce qu’il y a dedans ». Avec les produits semi-synthétiques, où les plantes sont vaporisées chimiquement, les effets sont aléatoires : « on peut avoir un lot où finalement la teneur sera faible et l’autre lot où la teneur sera plus importante ».
Des conséquences graves pour les usagers
Les usagers, qui achètent en toute bonne foi, « se retrouvent avec des produits qui les amènent aux urgences, avec des agitations, des hallucinations », rapporte la spécialiste. Les produits de synthèse agissent sur les mêmes récepteurs que le THC, avec des risques d’addiction potentiels et des troubles de confusion ou de vertige. « Toute la filière du CBD est compromise », conclut-elle, appelant à une vigilance accrue.