Les dérivés synthétiques du CBD, vendus légalement dans des commerces spécialisés et des bureaux de tabac, provoquent des intoxications graves, notamment chez les adolescents, selon la direction générale de la santé. Des cas de comas, d'accidents cérébraux et de décès ont été documentés par le professeur Bruno Mégarbane, chef du service de réanimation médicale et toxicologique de l'hôpital Lariboisière.
Des produits chimiques trafiqués pour un effet "défonce"
Le CBD naturel, légal en France depuis 2021 s'il contient moins de 0,3 % de THC, est désormais chimiquement trafiqué. Des plantes sont aspergées de substances chimiques pour créer des cannabinoïdes de synthèse aux effets psychotropes intenses, comparables à ceux du cannabis. Olivier, un quadragénaire héraultais, ancien "gros fumeur de joints", témoigne : "J'en ai fumé un petit peu… C'est super fort ! J'ai pris une sacrée claque : tu es défoncé comme si c'était du vrai cannabis, j'étais secoué".
Mi-septembre à Frontignan, une lycéenne de 15 ans a été retrouvée inconsciente après avoir fumé, via une cigarette électronique, un cannabinoïde de synthèse liquide appelé "pète ton crâne". Le professeur Mégarbane documente : "Cela provoque des agitations, des confusions, parfois des crises d'épilepsie, des comas ou des accidents cérébraux", et évoque des "cas de décès".
Une augmentation préoccupante des intoxications chez les adolescents
Depuis début 2025, une "augmentation préoccupante des intoxications liées aux cannabinoïdes" est observée, principalement chez les adolescents, selon un message "urgent" de la direction générale de la santé diffusé cet été. Pourtant, ces dérivés dangereux continuent d'être vendus dans des boutiques dédiées au CBD et des bureaux de tabac.
Un vendeur de CBD dans l'Hérault l'admet sans détour : "Ce que je propose peut créer l'effet défonce, très mental ou très physique et c'est légal". Il vend des produits baptisés Delta-10, T9HC, HHC ou THV, sans connaître précisément les solvants utilisés pour l'extraction. Pierre, artisan boucher gardois de 40 ans, raconte : "C'est tellement costaud que quand j'ai refumé du cannabis, ça ne m'a rien fait et là il y a un côté addiction".
Une législation en constante évolution, mais des lacunes
Le CBD et le THC sont naturellement présents dans le cannabis. Depuis 2021, les produits au CBD peuvent être vendus en France s'ils ne dépassent pas 0,30 % de THC ; depuis 2022, cela vaut aussi pour les fleurs et feuilles. Depuis le 15 mai 2026, les produits alimentaires contenant du CBD – huiles, gummies, bonbons ou boissons – sont interdits en France, faute d'autorisation européenne "Novel Food" et de données suffisantes sur leur innocuité. Cette décision touche un marché de près de 2 000 boutiques spécialisées et environ 8 000 bureaux de tabac.
Les trafiquants inventent sans cesse de nouvelles molécules psychoactives. Le HHC, le HHCO et le HHCP ont été classés stupéfiants en 2023. En 2024, l'ANSM a interdit le H4-CBD, le H2-CBD, le HHCPO, le THCP et plusieurs familles de cannabinoïdes. Mais le 10-OH-HHC, apparu après l'interdiction du HHC, n'est toujours pas classé stupéfiant en France. Paul Maclean, président de l'Union des professionnels du CBD, dénonce : "Mes adhérents ne peuvent plus vendre des tisanes ou des huiles et pendant ce temps-là, ceux qui vendent des molécules de synthèse, des produits qui empoisonnent les gens, on ne leur dit rien, ils tuent notre image et on les laisse tranquille !"
Il rappelle qu'une partie des 22 000 bureaux de tabac en France vendent ces CBD boostés et indique avoir déposé une proposition de loi avec le groupe écologiste du sénat pour mieux encadrer la filière et renforcer la traçabilité. Les services des douanes régionales déplorent : "Le problème c'est que ces molécules ne sont pas encore dans la classification des produits interdits, on court après, elles sont classées et de nouvelles arrivent aussitôt".