Une bombe sanitaire ignorée par les autorités
Qualifié de « bombe sanitaire » par une partie du corps médical, le risque lié au cadmium continue de menacer la population française sans que des mesures concrètes ne soient prises pour le circonscrire. En juin 2025, les médecins libéraux lançaient une alerte retentissante sur l'imprégnation généralisée des Français par ce métal lourd et son lien plausible avec la fréquence élevée du cancer du pancréas. Huit mois plus tard, l'apathie des pouvoirs publics reste manifeste, malgré la publication d'une étude de l'Agence nationale de sécurité sanitaire confirmant des niveaux « préoccupants » d'exposition.
Des preuves scientifiques accablantes
La Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé-médecins libéraux s'appuie sur plusieurs éléments de preuve irréfutables :
- Le cadmium est classé cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer, qui le place au niveau le plus élevé de son système de classification.
- Ce métal lourd s'accumule spécifiquement dans le pancréas tout au long de la vie, créant un risque croissant avec l'âge.
- Les niveaux retrouvés dans la population française sont considérablement plus élevés que dans la majorité des pays comparables.
La source du problème : les engrais phosphatés marocains
La cause principale de cette exposition disproportionnée réside dans les engrais phosphatés marocains, naturellement riches en cadmium, dont l'agriculture française est une grande consommatrice. Ces engrais contaminent les sols et, par voie de conséquence, l'alimentation des Français, créant une exposition chronique à ce métal toxique.
Cinq ans d'alertes ignorées
En réalité, le gouvernement est alerté depuis près de cinq ans par Santé publique France, qui écrivait dès juillet 2021 que « le cadmium s'accumule en particulier dans le pancréas et est suspecté de jouer un rôle dans l'accroissement majeur et extrêmement préoccupant de l'incidence du cancer du pancréas ». Malgré la répétition des mises en garde, aucune mesure de précaution significative n'a été prise.
Les seuils de cadmium autorisés dans les engrais demeurent plus de deux fois plus élevés en France qu'ailleurs en Europe. Un arrêté devait être publié fin 2023 pour abaisser les normes françaises : son application se fait toujours attendre. Aucune mesure d'évitement ou de remédiation n'a été mise en œuvre, malgré la disponibilité de techniques de décontamination.
Des chiffres épidémiologiques alarmants
Les données de Santé publique France révèlent une progression vertigineuse des cancers du pancréas :
- Le nombre de cas diagnostiqués a quadruplé chez les hommes entre 1990 et 2023 (de 2 000 à 8 300 cas)
- Il a presque quintuplé chez les femmes dans le même laps de temps (de 1 600 à 7 700 cas)
Cette explosion spectaculaire de l'incidence n'est pas uniquement attribuable à des changements démographiques comme le vieillissement de la population. Santé publique France estime que les deux tiers environ de cette hausse sont liés à une augmentation du risque réel de contracter cette maladie grave, qui compte parmi les cancers ayant le pronostic le plus sombre.
Les facteurs de risque traditionnels insuffisants
Les facteurs de risque individuels avérés – la consommation de tabac, l'obésité et le diabète de type 1, les prédispositions génétiques – ne permettent pas, à eux seuls, d'expliquer cette envolée épidémiologique. Tout pointe vers des causes environnementales, et le cadmium figure en bonne place parmi les suspects principaux.
Le principe de précaution bafoué
Il y a urgence à agir, même dans l'attente d'une preuve définitive – c'est tout le sens du principe de précaution, constitutionnalisé en 2005. Les atermoiements des pouvoirs publics pour faire évoluer certaines pratiques agricoles sont d'autant plus injustifiables que d'autres pistes environnementales, comme l'exposition aux pesticides, sont également explorées par les chercheurs pour expliquer l'inquiétante progression de cette maladie.
La carence fautive de l'État est criante et met chaque citoyen en danger. Alors que des solutions techniques existent pour réduire l'exposition au cadmium, l'immobilisme politique persiste, au mépris des alertes sanitaires répétées et des données épidémiologiques alarmantes.



