Alain Claeys, membre du Comité national consultatif d'éthique (CCNE), appelle à une refonte de la bioéthique autour de la prévention. Dans un entretien au Monde, il estime que la prévention doit constituer le « cœur d’une nouvelle rationalité bioéthique », afin de répondre aux défis posés par les innovations technologiques et les inégalités de santé.
Une bioéthique tournée vers l'avenir
Selon Alain Claeys, la bioéthique actuelle est trop réactive et se concentre sur les problèmes émergents sans anticiper les conséquences à long terme. Il propose une approche proactive qui intégrerait la prévention dès la conception des politiques de santé. « Il faut passer d'une éthique de l'urgence à une éthique de l'anticipation », déclare-t-il.
Cette nouvelle rationalité bioéthique devrait, selon lui, s'appuyer sur trois piliers : la solidarité, la responsabilité et la justice sociale. La prévention permettrait de réduire les inégalités d'accès aux soins et d'éviter des dépenses de santé inutiles.
Les défis de la technologie
Les avancées en génétique, en intelligence artificielle et en médecine personnalisée posent des questions éthiques inédites. Alain Claeys souligne que la prévention doit être intégrée dans le développement de ces technologies pour éviter des dérives. « Il ne s'agit pas de freiner l'innovation, mais de l'encadrer par une réflexion éthique en amont », précise-t-il.
Il cite l'exemple du dépistage génétique : « Si nous ne mettons pas en place des garde-fous, nous risquons de créer une société à deux vitesses, où seuls les plus riches auront accès à la prévention personnalisée. »
Un appel à la mobilisation
Alain Claeys appelle les pouvoirs publics, les chercheurs et les citoyens à s'engager dans cette nouvelle approche. Il propose la création d'un « observatoire de la prévention » qui évaluerait les politiques de santé et leurs impacts éthiques. « La prévention n'est pas seulement un enjeu médical, c'est un choix de société », conclut-il.



