Les maires ruraux de Dordogne en guerre contre la loi ZAN qui paralyse leurs projets d'aménagement
Maires ruraux contre loi ZAN : la révolte des territoires

La révolte des maires ruraux contre la loi ZAN

Trois lettres qui cristallisent toutes les tensions dans les campagnes françaises : ZAN, pour zéro artificialisation nette. En Dordogne, cette mesure issue de la loi climat et résilience du 22 août 2021 provoque un véritable séisme parmi les élus locaux. Depuis le début du mandat, aucune réunion de maires n'échappe aux débats enflammés sur cette législation perçue comme une menace existentielle pour les territoires ruraux.

Des élus au bord de la crise de nerfs

Les qualificatifs fusent dans les couloirs des mairies et communautés de communes : « Du foutage de gueule », « un non-sens total », « une mise sous cloche des campagnes ». Thierry Boidé, vice-président de l'Union des maires de la Dordogne et président de la Communauté de communes Montaigne Montravel et Gurson, ne mâche pas ses mots : « Concrètement, demain, on ne construit plus à la campagne. »

La loi impose pourtant une trajectoire claire : diminution de moitié de la consommation des espaces naturels d'ici 2031, avant d'atteindre le zéro artificialisation nette en 2050. Mais sur le terrain, les élus dénoncent une application uniforme qui ne tiendrait pas compte des réalités profondément différentes entre métropoles et territoires ruraux.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le cas concret des primo-accédants

Thierry Boidé illustre son propos avec un exemple concret : « Je prends l'exemple d'un jeune couple de primo-accédants dans mon canton. À cause du marché de l'immobilier, ils n'ont pas les moyens de s'acheter une maison. Le problème, c'est qu'ils ne trouveront aucun terrain à bâtir sur les communes du secteur. »

Tous les documents d'urbanisme établis par les collectivités territoriales doivent désormais intégrer ces objectifs contraignants. Pour les maires ruraux, c'est la quadrature du cercle : comment maintenir une attractivité territoriale tout en gelant pratiquement toute possibilité de développement ?

Des chiffres qui parlent

Bruno Lamonerie, président de l'Union des maires de la Dordogne, rappelle des données significatives : seulement 8% des 900 000 hectares du département sont urbanisés, soit environ 72 000 hectares. « Les territoires ruraux ont été les bons élèves de la République et sont aujourd'hui pénalisés », déplore-t-il.

Patrick Bonnefon, président de la Communauté de communes Pays de Fénelon, est encore plus direct : « L'État nous met le liquide létal dans la seringue et veut que ce soit les élus locaux qui appuient. » Il contextualise : « Les nouveaux documents d'urbanisme nous laissent 67 hectares à aménager, pour dix ans. Pour les métropoles, la moitié d'énormément, ça continue de faire beaucoup. »

Une mobilisation qui dépasse les clivages politiques

Ce thème, peu repris par les candidats aux élections par crainte de ne pas mobiliser les foules, réunit pourtant une bonne partie des élus locaux au-delà des étiquettes politiques. La colère est palpable et s'organise.

La proposition de loi Trace : une échappatoire ?

Le 18 mars 2025, le Sénat a adopté la proposition de loi Trace (Trajectoire de réduction de l'artificialisation concertée avec les élus). Son objectif : remplacer la diminution de 50% de l'artificialisation « par un jalon non contraignant » d'ici 2034, afin de tenir compte « des spécificités locales ».

Ce texte devrait être examiné dans le courant du mois de novembre à l'Assemblée nationale. Une lueur d'espoir pour les maires ruraux, mais un risque de dénaturation de la loi climat et résilience pour ses partisans, qui craignent que la loi Trace ne vide de sa substance l'ambition environnementale initiale.

Thierry Boidé résume la position des élus ruraux : « On ne demande pas de bétonner la campagne, mais simplement une différenciation entre les mondes urbain et rural. » Un combat qui s'annonce décisif pour l'avenir des territoires ruraux français.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale