L'Église catholique est au bord du schisme après que Mgr Carlo Maria Viganò, ancien nonce apostolique aux États-Unis et figure traditionaliste, a procédé à l'ordination de quatre évêques intégristes le 29 juin 2023, en dépit de l'excommunication encourue et de l'opposition ferme du Vatican. Cet acte de défiance ouverte envers le pape François a provoqué une onde de choc dans le monde catholique.
Une ordination illicite et provocatrice
Mgr Viganò, âgé de 82 ans, a ordonné évêques quatre prêtres traditionalistes lors d'une cérémonie tenue à Gubbio, en Ombrie (Italie). Parmi eux, deux sont issus de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), société de vie apostolique fondée par Mgr Marcel Lefebvre, et deux autres de groupes traditionalistes proches. Le Vatican a immédiatement déclaré que ces ordinations étaient "illicites" et que les ordonnés encouraient l'excommunication automatique (latae sententiae) pour avoir violé le droit canonique.
Cette action s'inscrit dans la lignée du schisme de 1988, lorsque Mgr Lefebvre avait ordonné quatre évêques sans l'autorisation papale, entraînant son excommunication. Aujourd'hui, Mgr Viganò, qui s'est illustré par ses critiques virulentes du pape François et de sa gestion de l'Église, franchit un pas supplémentaire en défiant l'autorité pontificale.
Les motivations de Mgr Viganò
Dans un communiqué publié avant la cérémonie, Mgr Viganò a justifié son geste par la nécessité de "préserver la Tradition catholique" face à ce qu'il qualifie de "dérives modernistes" du pape François. Il a accusé le Vatican de "trahir la foi" et de "soumettre l'Église à l'esprit du monde". Selon lui, les ordinations sont nécessaires pour assurer la continuité de la messe traditionnelle en latin et des sacrements selon le rite tridentin, menacés par le motu proprio Traditionis custodes promulgué par le pape en 2021.
Cette position radicale a été condamnée par la Conférence épiscopale italienne, qui a rappelé que "l'unité de l'Église est un don du Christ" et que "tout acte de division est un péché grave".
Réactions du Vatican et conséquences
Le Vatican a réagi avec une fermeté inhabituelle. Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État, a déclaré que "ces ordinations sont un acte de rébellion qui ne peut être toléré" et que "les sanctions canoniques seront appliquées dans toute leur rigueur". Le pape François lui-même, lors de l'Angélus du 2 juillet, a appelé à la prière pour "l'unité de l'Église" et a implicitement évoqué les événements en disant que "le diable divise, mais l'Esprit Saint unit".
Les quatre nouveaux évêques, ainsi que Mgr Viganò, encourent l'excommunication formelle. De plus, le Vatican a annoncé l'ouverture d'une enquête canonique qui pourrait conduire à des sanctions supplémentaires, voire à la déclaration de schisme. Selon le droit canonique, le schisme est défini comme le refus de la soumission au Souverain Pontife ou de la communion avec les membres de l'Église qui lui sont soumis (canon 751).
Un risque de division durable
Cet événement ravive les tensions entre les traditionalistes et le Vatican, déjà vives depuis le concile Vatican II. La FSSPX, bien qu'en discussion avec Rome depuis des années, n'a pas encore obtenu de reconnaissance canonique pleine. Cependant, la plupart de ses membres n'ont pas suivi Mgr Viganò dans son geste. La Fraternité a publié un communiqué prenant ses distances, affirmant qu'elle "ne cautionne pas les ordinations épiscopales sans mandat pontifical".
Néanmoins, des observateurs estiment que cette affaire pourrait provoquer une scission plus large au sein du traditionalisme catholique. Certains groupes, comme les disciples de Mgr Viganò, pourraient former une Église parallèle, rejetant l'autorité du pape. D'autres, au contraire, pourraient se rapprocher de Rome pour éviter la marginalisation.
Selon un sondage réalisé en 2022 par le Pew Research Center, environ 10 % des catholiques pratiquants en France se disent favorables à la messe traditionnelle en latin, mais une minorité seulement soutient des actions schismatiques. Le risque est donc réel, mais limité à une frange extrême.
Un contexte de crise plus large
Cette crise intervient dans un climat de tensions multiples au sein de l'Église catholique : débats sur la bénédiction des couples homosexuels, place des femmes, synode sur la synodalité, etc. Le pape François, élu en 2013, a tenté de réformer l'Église en profondeur, mais ses initiatives se heurtent à une opposition conservatrice de plus en plus organisée.
Pour Mgr Viganò, cette ordination est un acte de résistance ultime. Pour le Vatican, c'est un défi à l'autorité qui ne peut rester sans réponse. L'issue de cette confrontation pourrait redessiner la carte du catholicisme mondial.
En conclusion, l'Église catholique se trouve à un tournant. Si le schisme n'est pas encore consommé, les gestes posés par Mgr Viganò et ses partisans pourraient bien l'accélérer. Reste à savoir si le pape François parviendra à contenir la rébellion ou si la division deviendra irréversible.



