La communauté religieuse de Saint-Emétéry ferme un siècle d'histoire à Chusclan. Après 107 ans de présence, les sœurs de la Retraite chrétienne ont quitté les lieux qui ont d'abord accueilli des orphelines, des enfants de santé fragile, des femmes en détresse et plus récemment des personnes âgées en béguinage. Une page d'histoire religieuse se tourne dans le Gard.
Un départ dû à la fragilité de la congrégation
Les dernières sœurs de la Retraite chrétienne viennent de quitter Saint-Emétéry qu'elles occupaient sans discontinuer depuis 1919. "Durant 107 années, elles ont vécu dans ce beau lieu ensoleillé du Midi qui contrastait avec le pays beaucoup plus rude et froid et enneigé de la Franche-Comté", indiquait Rose-Marie Prongue, ancienne mère supérieure de l'ordre, lors des adieux à la communauté religieuse le 24 juin dernier en présence de l'évêque de Nîmes.
Ce départ est dû à "la fragilité en nombre et en âge des sœurs" qui ne permettait plus "de poursuivre une présence de vie religieuse en ce lieu", ajoutait-elle également. Alors qu'elle regroupait à son apogée des milliers de religieuses, la congrégation ne comptait plus que 12 sœurs en 2022.
De l'orphelinat au béguinage : une histoire au service des autres
La congrégation des sœurs de la Retraite chrétienne a été fondée aux Fontenelles, dans le Doubs, en 1789 par l'abbé Antoine-Sylvestre Receveur dans le but d'offrir à tous un lieu de prière et de retraite. Rapidement, la communauté s'oriente vers l'hébergement et l'instruction de petites filles pauvres.
En 1919, après avoir été expulsées de France par les lois anticléricales de 1901, elles reviennent en France et cherchent un nouveau lieu d'implantation. Saint-Emétéry, un ancien prieuré, appartient depuis 1895 à Monseigneur Fuzet – qui fut évêque de Saint-Denis de la Réunion puis archevêque de Rouen. Laudunois de naissance, il y fait construire le grand bâtiment avec perron qui ferme la cour. Avant sa mort, il demande par testament que Saint-Emétéry accueille des orphelins de la Première guerre mondiale.
Après une première expérience non concluante avec les sœurs franciscaines d'Alès, son délégataire, le chanoine Lesergeant, sollicite finalement la congrégation de la Retraite chrétienne. Les premières sœurs arrivent le 27 novembre 1919 et parmi les premières orphelines recueillies, se trouve une Marseillaise : Mireille Padovani qui deviendra Sœur Marie Fabienne.
Un lieu aux multiples vocations
Sont ensuite créés sur place une exploitation maraîchère et un atelier de couture où l'on brode notamment des trousseaux de mariage pour les jeunes filles des environs. En 1928, l'établissement prend le nom de préventorium puis d'aérium pour accueillir des enfants et jeunes filles de santé fragile, à risque de développer la tuberculose.
La congrégation se met aussi au service des habitants. L'école catholique a été, jusqu'en 1993, l'école de Chusclan et les sœurs ont assuré les soins infirmiers du village.
Une reconversion vers l'accueil des personnes âgées
Au fil des années, de nouveaux besoins apparaissent. De moins en moins de jeunes sont accueillies dans des structures comme Saint-Emétéry. Il faut alors trouver une reconversion au site. Dès les années 80, il accueille des résidents au sein de son unité d'hébergement pour personnes âgées. Par ailleurs, jusqu'en 2007 – année où l'agrément est supprimé – Saint-Emétéry reçoit des femmes en détresse accompagnées de leurs enfants. "Leur arrivée pouvait avoir lieu à toute heure de la nuit", se remémore sœur Rose-Marie.
Le lieu est aussi devenu plus récemment le refuge "des personnes qui souhaitent vivre leur temps de retraite, autonome et en béguinage dans un cadre religieux". Ces dernières vivent d'ailleurs toujours sur place malgré le départ des sœurs.
Un avenir incertain
Reste donc désormais à savoir ce que deviendra Saint-Emétéry. "Une grande inconnue pour le moment", indiquait sœur Rose Marie, "mais nous souhaitons vivement que le grain jeté en terre par la vie, la prière et le témoignage de nos sœurs durant toutes ces années portent du fruit".
La congrégation organise un vide-maison à Saint-Emétéry vendredi 28 (14 h à 19 h) ainsi que samedi 29 et dimanche 30 août (9 h – 12 h et 14 h – 18 h).



