Violences éducatives ordinaires : des adultes témoignent des séquelles indélébiles de leur enfance
Alors que la Fondation pour l'Enfance a dévoilé, ce vendredi 17 avril 2026, les résultats de la troisième édition d'un baromètre consacré aux violences éducatives ordinaires (VEO), le quotidien Midi Libre a recueilli les témoignages poignants d'adultes marqués à vie par les violences subies durant leur enfance. Des décennies plus tard, les cicatrices psychologiques et physiques demeurent profondément ancrées, rappelant l'urgence de la prévention et de la protection des mineurs.
Le souvenir intact de Marie : soixante-dix coups à sept ans
Marie, aujourd'hui adulte, se souvient avec une précision douloureuse des violences infligées par son père alors qu'elle n'avait que sept ans. "Mon père m'a donné 70 coups de barre. Je ne connaissais pas la leçon par cœur, au mot près. J'avais tout juste 7 ans", confie-t-elle. Cet épisode remonte à quarante-huit ans, mais la mémoire en reste vive. En CP à l'époque, elle venait de préparer un contrôle de fin d'année lorsque son père, insatisfait de sa récitation, l'a forcée à chercher un chausse-pied en laiton pour la frapper.
Trois jours après cette agression, lors d'un cours de natation à l'école, une mère accompagnante, également assistante sociale, a remarqué les marques bleues et violettes sur son corps. Marie souligne avec amertume : "Les coups ne m'ont jamais aidé", déplorant l'absence de sanction envers son père, de visite médicale et de discussion pour la protéger. Elle évoque un "silence, presque complice" qui l'a laissée croire que le problème venait d'elle.
Un baromètre alarmant sur la persistance des violences éducatives
Le troisième baromètre sur les violences éducatives ordinaires, réalisé par la Fondation pour l'enfance et l'équipe de recherche Prévéo, révèle des chiffres préoccupants. 83 % des parents déclarent avoir eu recours, au moins une fois au cours des douze derniers mois, à des violences verbales ou psychologiques, et 37 % à des violences physiques. Ces pratiques incluent des comportements tels que hurler après l'enfant (68 %), taper sur les fesses à mains nues (22 %), donner une tape sur la main, le bras ou la jambe (30 %), ou utiliser des mots dévalorisants comme "stupide" ou "paresseux" (19 %).
Le communiqué de la Fondation pour l'enfance souligne que "ces résultats montrent que les violences éducatives ordinaires restent profondément banalisées, voire normalisées", mettant en lumière l'urgence d'une prise de conscience collective pour protéger les enfants.
Le parcours traumatique de Luc : de la séquestration à la direction d'un foyer
Luc, âgé de 40 ans, a grandi entre familles d'accueil et foyers dès l'âge de six mois. Dans sa première famille d'accueil, il a subi une "éducation très violente", avec des fessées, des coups avec des objets comme un balai, une barre à mine ou un collier de perles, et même une séquestration de quatre jours dans le noir. À onze ans, après une dénonciation, il est placé dans un foyer d'urgence où un éducateur continue de le frapper sous les yeux indifférents du personnel.
De cette expérience, Luc retient que "les adultes sont mauvais". Il finira par être accueilli dans un foyer sans violence à quatorze ans et demi, après avoir connu la rue pendant un an. Aujourd'hui, il est directeur du foyer qui l'a accueilli adolescent, transformant son traumatisme en engagement pour aider d'autres enfants.
Maxime : des bastonnades pour des notes insuffisantes
Maxime, 58 ans, a grandi dans une famille "sans amour", où la violence éclatait dès la réception du bulletin scolaire. "Dès que j'avais un 'C' et non un 'A' ou un 'B', je recevais des bastonnades avec un tuyau d'eau", raconte-t-il. Il arrivait à l'école le dos couvert de bleus, et a même été enfermé à la cave pendant deux jours, pieds et mains attachés, pour avoir touché à une montre de son père.
Des décennies plus tard, Maxime confie : "Je n'ai pas eu d'enfant, de peur de reproduire la même chose", illustrant comment les traumatismes de l'enfance peuvent influencer durablement les choix de vie.
Des ressources pour la protection des enfants
Face à ces situations, des dispositifs existent pour protéger les enfants. Le numéro 119 Allo enfance en danger est joignable 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, offrant un service gratuit dédié à la prévention et à la protection des mineurs en danger. En cas de danger grave et imminent, il est recommandé de contacter la police ou la gendarmerie au 17 ou 112, les pompiers au 18 ou 112, le Samu au 15, ou le 114 par SMS pour les personnes sourdes ou malentendantes.
Ces témoignages et les données du baromètre rappellent l'impérieuse nécessité de briser le silence entourant les violences éducatives ordinaires et de renforcer les mécanismes de protection pour garantir le bien-être et la sécurité de tous les enfants.



