Marie-Claude Gryselyn, alias Belhope, transforme son burn-out d'AESH en roman engagé
Marie-Claude Gryselyn, connue sous le pseudonyme Belhope, a plongé dans l'écriture suite à un épuisement professionnel sévère. Dans son ouvrage, elle livre un témoignage poignant, habilement déguisé en fiction, de son parcours en tant qu'Accompagnante d'Élève en Situation de Handicap (AESH). Sa voix rapide et son sourire trahissent les traces d'un traumatisme vécu, mais révèlent aussi une passion intacte pour son métier.
Une vocation malmenée par l'institution
« J'ai tellement adoré ce métier... », confie-t-elle avec émotion. Pourtant, c'est précisément cette profession qui l'a conduite à l'épuisement. Elle décrit un système où les accompagnants sont fréquemment mutés d'un établissement à l'autre, au gré des besoins administratifs, sans considération pour les liens tissés avec les enfants. « On nous confie un enfant dont on ne sait rien. Et, quand on commence à comprendre son handicap, à s'entendre avec lui, sans que l'on sache pourquoi, on nous change d'établissement », déplore-t-elle.
Ces changements répétés sont vécus comme de véritables déracinements, non seulement pour elle mais aussi pour les enfants accompagnés et les équipes pédagogiques. La situation a atteint son paroxysme lorsqu'elle a dû faire face à la violence d'un jeune garçon. « J'ai eu peur », avoue-t-elle, soulignant ainsi les limites parfois floues de l'accompagnement.
Un témoignage qui rejoint une lutte collective
Son expérience rejoint celles de nombreux parents et enseignants confrontés à des situations similaires. Lors de journées de travail dédiées à ces problématiques, les participants ont tenté de mettre à plat les difficultés rencontrées. « Tous les enfants ne sont pas faits pour être scolarisés, malgré ce que dit la loi de 2005. Il manque des places en institution », dénoncent unanimement syndicats et parents. De ces réflexions est né le Collectif inclusion 47.
Les conditions de travail précaires des AESH, avec des temps partiels subis et des trajets domicile-travail interminables, rendent la situation financièrement compliquée. « Financièrement, c'est compliqué », résume Marie-Claude, écho des revendications portées lors des manifestations régulières des accompagnants.
L'écriture comme exutoire et outil militant
C'est dans ce contexte que Marie-Claude Gryselyn a fait un burn-out. « Impossible de me lever le matin », se souvient-elle. Mais l'écriture, une envie longtemps contenue, s'est imposée comme une évidence. Mêlant fiction et histoire d'amour, elle donne naissance à « Sang pour sang inclusion scolaire ». « Je voulais montrer ce qu'est ce boulot », explique cette mère de quatre enfants, soulignant le caractère essentiel mais souvent maltraité de la profession.
Ses enfants l'ont encouragée à terminer cet ouvrage, qu'elle décrit comme militant mais ni vengeur ni vindicatif. Le choix du pseudonyme Belhope, « mélange de beau et d'espoir », reflète cette approche. « C'est quand j'étais en burn-out que je l'ai trouvé, en regardant une bluette à la télé un après-midi », sourit-elle.
Une fiction inspirée du réel
Le roman raconte l'histoire d'Alice, AESH épanouie dans une école idéale, jusqu'à ce qu'une mutation brutale vienne tout remettre en question. « Lorsque la violence est plus forte que le handicap, où sont les limites à ne pas dépasser ? Faut-il verser le sang pour changer la loi ? », interroge l'autrice, transposant ainsi ses propres questionnements.
Une vocation qui persiste malgré les épreuves
Aujourd'hui, Marie-Claude continue de témoigner de son expérience. « C'est un métier passion, ceux qui l'exercent prennent beaucoup sur eux », affirme-t-elle. Elle-même postule désormais dans une institution, auprès de personnes en situation de handicap. « Je sais que cela ne sera pas facile. Mais c'est sa vocation », conclut-elle avec détermination.
« Sang pour sang inclusion scolaire » est publié aux Éditions Le livre et la plume et disponible chez Martin Delbert.



