On l'avait quittée abasourdie. Inquiète aussi. Il y a quelques semaines, Karine Jambu a appris que l'homme qui l'avait violée pendant des années alors qu'elle avait à peine 5 ans allait sortir de prison. Huit ans seulement après sa condamnation à trente ans de prison. Incompréhensible. Roland Blaudy, déjà reconnu coupable d'autres viols sur mineures et condamné, a pu bénéficier du régime de « confusion de peines » prévu par la loi française.
Un mécanisme juridique contesté
Pour faire simple, quand un individu est condamné à plusieurs reprises pour des faits de même nature, la peine la plus longue vient « absorber » les autres, et non se cumuler comme c'est le cas aux États-Unis, par exemple. Le violeur de Karine n'est pas une exception. L'an dernier, Joël Le Scouarnec, déjà condamné à quinze ans puis vingt ans de prison, a bénéficié du même régime malgré ses plus de 300 victimes de viols identifiées.
Une pétition qui prend de l'ampleur
Très engagée pour la protection des enfants victimes de violences sexuelles, la tante de Karine Jambu a décidé de lancer une pétition, dans le but de « modifier la loi sur la confusion des peines en urgence ». « Profondément écœurée par la justice dans notre pays », Laurence Brunet-Jambu a vu son texte partagé sur Change.org réunir plus de 150.000 signatures en quelques semaines. Les critiques visant la justice, reconnue en partie coupable de la mort de la petite Lyhanna, ont participé à cet engouement. Mercredi, Karine et sa tante ont symboliquement remis la pétition à la députée de la Marne Laure Miller. L'élue Renaissance s'est récemment distinguée en criant « sa honte » du débat parlementaire entourant la mort de la petite Lyhanna.
Une proposition de loi en préparation
Engagée pour la protection des mineurs, la députée va déposer une proposition de loi visant à « exclure la confusion des peines et à rallonger la période de sûreté pour les crimes et délits concernant des mineurs ». L'élue rappelle que cette confusion défendue par Robert Badinter avait une vision « humaniste », avec pour seul but « d'éviter l'addition mécanique de peines qui aboutirait à une durée d'incarcération disproportionnée. »
Un texte attendu avant la rentrée
Le texte, qui devra être débattu, prévoit une dérogation à l'article 132-4 du Code pénal, rendant impossible la confusion de peines pour des faits concernant des mineurs. Quant à la peine de sûreté, elle sera « fixée de plein droit aux deux tiers de la peine ou à vingt-deux ans en cas de réclusion criminelle à perpétuité ». La proposition pourrait être déposée avant la rentrée scolaire de septembre.



