La Conférence nationale des procureurs généraux (CNPG) a lancé un appel solennel à un « sursaut collectif » après la mort tragique de Lyhanna, une fillette de 2 ans décédée en mai 2026 à Poitiers, victime présumée de violences. Dans un communiqué publié le 28 juin, les procureurs généraux estiment que ce drame doit être « l'occasion d'une prise de conscience nationale » et d'une refonte en profondeur du système de protection de l'enfance.
Les faits : une mort qui aurait pu être évitée
Lyhanna est morte le 21 mai 2026 à l'hôpital de Poitiers, des suites de blessures infligées par son beau-père, selon les premiers éléments de l'enquête. La fillette avait déjà fait l'objet de signalements aux services sociaux, mais aucune mesure de protection n'avait été prise. Le parquet de Poitiers a ouvert une information judiciaire pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Le beau-père, âgé de 27 ans, a été mis en examen et placé en détention provisoire.
Un constat alarmant sur le système de protection
Dans leur appel, les procureurs généraux dénoncent « un système à bout de souffle, miné par le manque de moyens humains et financiers, et par une coordination défaillante entre les acteurs judiciaires, sociaux et médicaux ». Selon la CNPG, près de 120 000 enfants sont en danger chaque année en France, et 300 000 font l'objet d'une mesure de protection. Pourtant, les décès d'enfants par maltraitance restent « un phénomène sous-estimé », avec environ 120 morts par an, selon les estimations de l'Observatoire national de la protection de l'enfance (ONPE).
Les propositions des procureurs généraux
Pour éviter de nouveaux drames, la CNPG formule six propositions clés. Premièrement, renforcer les moyens des services départementaux de protection maternelle et infantile (PMI) et de l'aide sociale à l'enfance (ASE). Deuxièmement, créer un fichier national des décès suspects d'enfants, afin d'améliorer le recensement et l'analyse. Troisièmement, systématiser les autopsies en cas de mort violente d'un enfant. Quatrièmement, améliorer la formation des professionnels (juges, éducateurs, médecins) au repérage des signes de maltraitance. Cinquièmement, renforcer la coordination entre les parquets et les conseils départementaux. Enfin, sixièmement, organiser des revues systématiques des décès d'enfants, sur le modèle des « child death reviews » anglo-saxons.
Un appel à une mobilisation générale
« Il ne s'agit pas de stigmatiser les professionnels, mais de reconnaître que le système actuel ne protège pas assez les enfants », a déclaré le procureur général près la cour d'appel de Poitiers, François Pérain, dans une interview au Monde. « La mort de Lyhanna est un échec collectif. Nous devons tous, magistrats, élus, travailleurs sociaux, nous engager dans un sursaut. » La CNPG appelle le gouvernement à inscrire cette question « au rang des priorités nationales » et à organiser des États généraux de la protection de l'enfance avant la fin de l'année 2026.
Réactions politiques et associatives
La ministre de la Justice, Élisabeth Borne, a réagi en annonçant la création d'un groupe de travail interministériel sur la protection de l'enfance, sans toutefois s'engager sur un calendrier précis. De son côté, l'association « Les Voix de l'Enfant » a salué l'initiative des procureurs généraux, mais a jugé « insuffisantes » les propositions, réclamant « un plan d'urgence avec des moyens concrets ». Le Défenseur des droits, Claire Hédon, a également appelé à « une refonte globale du dispositif, qui doit être pilotée par l'État et non plus seulement par les départements ». La mort de Lyhanna a suscité une vive émotion dans l'opinion publique, avec des rassemblements organisés dans plusieurs villes en hommage à la fillette.



