Près d'un quart des étudiants français cumulent études et emplois aux horaires atypiques (nuit, week-end, tôt le matin), une situation qui fragilise leur santé et leurs résultats académiques. Selon une enquête de l'Observatoire de la vie étudiante (OVE) publiée ce lundi, 23% des étudiants exercent une activité rémunérée en dehors des créneaux classiques, contre 18% il y a cinq ans.
Un phénomène en hausse lié à la précarité
Cette augmentation s'explique par la hausse du coût de la vie et l'insuffisance des aides, explique Marie Duru-Bellat, sociologue spécialiste de l'éducation. "Les étudiants sont contraints d'accepter des emplois mal rémunérés et aux horaires contraignants pour boucler leurs fins de mois", déclare-t-elle. Les secteurs les plus concernés sont la restauration, la grande distribution et les services à la personne.
L'étude révèle que ces étudiants travaillent en moyenne 17 heures par semaine, souvent tard le soir ou tôt le matin. Un tiers d'entre eux déclarent dormir moins de six heures par nuit, contre 12% chez les autres étudiants.
Conséquences sur la santé et la scolarité
Les répercussions sont multiples. Sur le plan physique, la fatigue chronique et les troubles du sommeil touchent 45% des étudiants en horaires décalés, contre 22% pour le reste de la population étudiante. Mentalement, le stress et l'anxiété sont plus fréquents : 38% disent se sentir souvent dépassés, contre 18% des autres.
"Je travaille comme caissière de 22h à 2h du matin trois fois par semaine, et le lendemain j'ai cours à 8h. C'est épuisant, je n'arrive plus à suivre", témoigne Léa, 20 ans, étudiante en licence d'économie à Paris. Son cas est loin d'être isolé : 28% des étudiants concernés ont déjà envisagé d'abandonner leurs études, selon l'OVE.
Des inégalités territoriales et sociales
Le phénomène est plus marqué dans les grandes villes où le coût du logement est élevé. En Île-de-France, 31% des étudiants travaillent en horaires décalés, contre 18% dans les zones rurales. Les étudiants boursiers sont aussi plus touchés (35%) que les non-boursiers (15%).
"C'est un cercle vicieux : moins on a de moyens, plus on travaille, moins on réussit, et plus on s'endette", souligne Sarah Dufour, présidente de l'association étudiante Génération Précaire. Elle appelle à une revalorisation des bourses et à un meilleur encadrement des emplois étudiants.
Des pistes pour améliorer la situation
Face à ce constat, plusieurs universités mettent en place des dispositifs d'aide : horaires de cours aménagés, tutorat, ou encore accès prioritaire aux logements du Crous. Mais pour l'OVE, ces mesures restent insuffisantes. L'organisme recommande de plafonner le temps de travail étudiant à 15 heures par semaine et de créer un statut spécifique pour les étudiants-salariés.
"Il faut repenser l'organisation des études pour les adapter à la réalité du travail", conclut Marie Duru-Bellat. En attendant, des milliers d'étudiants continuent de jongler entre cours et emplois de nuit, au risque de compromettre leur avenir.



