Alors que l'été bat son plein, une enquête de l'Observatoire des inégalités révèle qu'un salarié français sur deux n'a pas pris de vacances en 2025. Ce chiffre, en hausse de 5 points par rapport à 2024, illustre une fracture croissante entre ceux qui peuvent partir et les autres.
Un effort collectif insuffisant
L'an dernier, selon le même observatoire, 47% des actifs avaient déclaré avoir fait un effort pour prendre au moins une semaine de congés. Mais cette année, la proportion chute à 42%, tandis que 58% des personnes interrogées estiment que leurs collègues ou leur employeur ne font pas assez pour permettre à tous de se reposer.
« C'est un cercle vicieux : ceux qui partent moins sont souvent ceux qui en ont le plus besoin, mais qui n'ont pas les moyens financiers ou le soutien de leur hiérarchie », explique Marie Dupont, sociologue du travail à l'université de Nanterre.
L'inflation, frein majeur aux départs
La hausse des prix, notamment dans l'hôtellerie et les transports, a réduit le budget vacances des ménages. Selon une étude du Crédoc, le coût moyen d'une semaine de vacances a augmenté de 12% en un an, passant de 1 200 à 1 344 euros pour une famille de quatre personnes.
Pour y remédier, le gouvernement a annoncé le 10 juillet le lancement d'un chèque-vacances de 200 euros, destiné aux foyers dont le revenu fiscal de référence est inférieur à 20 000 euros par an. Cette mesure, qui concernerait 8 millions de Français, sera mise en place dès le 1er septembre.
Des inégalités territoriales et professionnelles
L'enquête souligne aussi que les disparités géographiques jouent un rôle : les habitants des zones rurales et des petites villes sont 30% moins susceptibles de partir que ceux des métropoles. De même, les employés et ouvriers sont deux fois plus nombreux que les cadres à ne pas avoir pris de vacances.
« Le droit aux congés payés est acquis, mais le droit effectif aux vacances reste un luxe pour beaucoup », commente Jean Martin, secrétaire général de la CGT. Il appelle à une généralisation des chèques-vacances et à un meilleur accès aux aides au départ.
Un impact sur la santé mentale
Les conséquences de cette privation de vacances ne sont pas seulement économiques. Une étude de l'Inserm montre que les personnes ne partant pas en congés présentent un risque accru de 40% de souffrir de burn-out ou de dépression saisonnière.
« Le repos n'est pas un luxe, c'est une nécessité physiologique et psychologique. Ne pas prendre de vacances, c'est accepter de s'épuiser durablement », alerte le docteur Sophie Leblanc, psychiatre au CHU de Lille.
Face à ce constat, des initiatives locales émergent, comme des bourses aux vacances solidaires ou des partenariats entre entreprises et associations de tourisme social. Mais pour les experts, seule une politique nationale ambitieuse pourra inverser la tendance.



