Quelque 177 000 personnes issues des communautés des gens du voyage sont victimes d’un « mal-logement massif », vingt-six ans après la loi Besson relative à leur accueil, alerte jeudi 25 juin 2026 la Fondation pour le logement des défavorisés dans un rapport, appelant à une « prise de conscience nationale ».
Une estimation alarmante
Cette estimation, réalisée à partir d’une analyse des schémas départementaux d’accueil et d’habitat des gens du voyage (SDAHGV), représente 35 % à 70 % d’une population évaluée entre « 250 000 et 500 000 personnes ». Cinq types de mal-logement sont identifiés : les personnes installées sur des terrains dont elles sont propriétaires avec des aménagements contraires aux règles d’urbanisme, les personnes installées sur des terrains illégaux sans titre d’occupation ou installées durablement sur une aire d’accueil conçue pour une occupation temporaire. Les auteurs relèvent également des situations « d’errance contrainte » ainsi que des personnes résidant dans des quartiers de logements dédiés mais en situation d’insalubrité ou de suroccupation.
Un déficit d’offre d’habitat adaptée
L’ancrage sur des aires d’accueil conçues pour un accueil temporaire s’explique d’abord par « un déficit d’offre d’habitat adaptée », ce qui « détourne les aires de leur vocation initiale, et favorise le stationnement “illicite” par les familles de passage qui ne trouvent plus de places temporaires ». Le stationnement dans un lieu non autorisé comme des parkings ou des terrains privés bénéficie parfois d’une « tolérance implicite des autorités locales » notamment lorsqu’il s’agit de « zones délaissées ou polluées ».
Conséquences sur la santé et les droits fondamentaux
Cette précarité résidentielle génère « un fort stress » lié à la peur des expulsions, à des traumatismes familiaux, mais aussi des ruptures scolaires, professionnelles, avec un impact sur les droits fondamentaux (prestations sociales, inscription sur les listes électorales). Les ruptures résidentielles répétées engendrent par ailleurs « une usure physique et psychologique, qui mine la qualité de vie et la santé des individus », note le rapport.
Un appel à l’État
« Alors que la loi Besson relative à l’accueil et à l’habitat des gens du voyage a été mise en œuvre il y a plus de vingt-cinq ans, l’État ne débloque toujours pas les moyens nécessaires à l’accueil digne et humain des voyageurs et voyageuses », estime dans un communiqué Christophe Robert, délégué général de la Fondation. Les auteurs jugent donc urgent de « développer des aires d’accueil, de créer des terrains locatifs familiaux ou des terrains aménagés locatifs publics, de construire des logements sociaux adaptés ou encore de régulariser des occupations précaires ».
Un antitsiganisme structurel
Le rapport évoque enfin la persistance d’un « antitsiganisme » structurel, qui se traduit par des « discriminations » et un « manque de volonté politique » et « explique en partie l’occultation du sujet dans le débat public, focalisé sur la délinquance et les occupations illicites ».



