Le chantier du complexe des Caraïbes, destiné à accueillir 46 familles de gens du voyage sédentarisés à Cagnes-sur-Mer, accuse un nouveau retard d'au moins 12 mois. Selon les services de la mairie, dirigée par le nouveau maire RN Bryan Masson, la livraison est désormais prévue pour septembre 2027, alors qu'elle avait été initialement annoncée pour début 2026, puis repoussée de six mois.
Un projet lancé en 2024 après sept ans de procédures
Le 14 novembre 2019, en raison de fortes intempéries, 46 familles de gens du voyage sédentarisés sont évacuées de l'ex-camping « Les Caraïbes », qu'elles occupent depuis des années. La Ville, dirigée alors par Louis Nègre (LR), les reloge sur un terrain privé au Val-de-Cagne, dont elle prend en charge le loyer.
En janvier 2022, la municipalité cède les parcelles communales des « Caraïbes » pour un euro symbolique à la société Erilia. En échange, le bailleur social s'engage à y construire 46 unités d'habitation, composées de préfabriqués allant de 15 à 17 m², avec places de stationnement pour caravanes et véhicules. Le montant total s'élève à 7 292 700 euros, financé par 1 380 002 euros d'Erilia, 450 800 euros de l'État, 344 080 euros du Fonds national des aides à la pierre, 644 000 euros de la Métropole et 4 473 818 euros de prêts conventionnés. Le loyer pour les résidents est fixé à 280 euros par mois.
Malgré de nombreux recours formulés par France nature environnement (FNE 06) et l'élu d'opposition Philippe Touzeau-Menoni, les travaux sont lancés à l'été 2024, avec une fin prévue au premier trimestre 2026. Le terrain argileux à forte déclivité, expertisé comme instable, doit être arasé à l'aide d'imposants murs de soutènement.
Des recours toujours pendants et des travaux à l'arrêt
En 2025, un mur trop haut de 1,10 m, contraire au permis d'aménager, fait tiquer les opposants. Le maire Louis Nègre demande à Erilia de régulariser la situation, ce qui entraîne six mois de retard. Le 15 mars 2026, Bryan Masson (RN) est élu dès le premier tour des municipales et hérite du dossier. Il doit annoncer ce mardi 15 septembre aux riverains que le complexe ne sera pas livré avant septembre 2027.
Du côté de FNE06, le combat continue. Jeannine Blondel, présidente de l'association, estime prématuré de donner une date de fin de chantier, alors que plusieurs recours sont toujours pendants. « J'attends toujours des réponses de la chambre régionale de la Cour des comptes et du tribunal de Grasse », prévient-elle. L'association dénonce « des infractions aux règles d'urbanisme » et « des violations au permis d'aménager », pointant également de potentielles irrégularités de financement.
Philippe Touzeau-Menoni, qui se qualifie comme élu minoritaire et non opposant au maire, reste fermement opposé au projet. Il dénonce une « gabegie financière » et demande au maire « un peu de courage ». Selon lui, « les entreprises de construction ne veulent plus travailler, elles n'ont plus confiance à cause des trop nombreux risques juridiques ». Il assure que « les travaux sont à l'arrêt depuis juillet et n'ont pas repris en septembre, alors qu'un troisième permis d'aménager n'a toujours pas été validé par la Métropole ».
Des dépenses supplémentaires et des critiques sur le financement
Philippe Touzeau-Menoni ajoute que « plusieurs millions d'euros ont déjà été dépensés » et qu'un nouveau marché public est en cours sur l'actuel camp côté Val de Cagnes, portant sur près de 150 000 euros, pour sécuriser les installations électriques. Il s'interroge : « Pourquoi faire des travaux si conséquents dans un lieu qui doit fermer ses portes en 2027 ? » Il critique également le fait que les résidents, sédentaires depuis 1995, « ne paient rien, ils bénéficient du terrain, de l'eau, de l'électricité, et de l'assainissement pour zéro euro », qualifiant la situation de « scandale financier, doublé d'un scandale écologique ». Il évoque aussi de nouvelles exigences des résidents : « après la fibre, j'ai appris qu'ils exigeaient d'avoir la clim, ce que beaucoup de Cagnois n'ont pas chez eux ».
Philippe Touzeau-Menoni, par ailleurs candidat aux sénatoriales sur la liste de l'ex-élu écologiste niçois Jean-Christophe Picard, conclut : « Bryan Masson veut faire comme Louis Nègre : sous-traiter le problème des Caraïbes à Erilia, pour en être débarrassé. Alors, M. le maire, un peu de courage. » Contacté, Erilia n'a pas répondu aux sollicitations. La livraison du complexe, désormais annoncée pour septembre 2027, marque une nouvelle étape dans un dossier qui dure depuis sept ans, avec des recours toujours en cours et des travaux à l'arrêt depuis juillet.



