Briscous : un projet immobilier de 160 logements au centre des débats électoraux
Le projet de construction de 160 logements à l'orée du village de Briscous s'impose comme le dossier phare de la campagne électorale municipale. Ce sujet emblématique incarne la question cruciale du développement des villages refuges, qui accueillent une population ne pouvant plus se loger sur la côte en raison des coûts prohibitifs. La vie démocratique de Briscous ne connaît aucun répit, avec des élections fréquentes qui mobilisent les citoyens.
Un contexte politique instable et des élections rapprochées
Le village s'apprête à vivre les 15 et 22 mars sa deuxième élection municipale en moins de deux ans, une situation exceptionnelle. Pascal Jocou a accédé au fauteuil de maire en juin 2024, lors d'une élection partielle précipitée par la démission de Fabienne Ayensa. À l'époque, le projet d'une nouvelle ikastola (école immersive en basque) déchirait le village et le conseil municipal, où la maire était mise en minorité. C'est ainsi que son ancien premier adjoint lui a succédé, héritant d'un dossier complexe.
Depuis, les travaux de terrassement ont débuté sur le site de la future école, mais la zone d'aménagement concerté (ZAC) Les Coteaux du château d'eau, prévoyant 160 logements et des commerces, reste un point de friction majeur. Théo Salamon, tête de la liste Ensemble - Elgarrekin, le qualifie de « premier enjeu de l'élection », face à Pascal Jocou, candidat à sa succession avec Briscous avec vous - Beskoitze zuekin. Catherine Errecart, candidate de Briscous Beskoitze, cap sur l'avenir, rappelle que ce projet, né en 2011, est l'héritage d'une concession signée avec Eiffage par la précédente municipalité.
Les positions divergentes des candidats sur le développement
Pascal Jocou défend une approche de maîtrise du développement, visant à « tenir dans nos infrastructures actuelles ». Il a négocié avec Eiffage pour remodeler le projet, incluant 40 % de logements sociaux, avec une orientation vers des T4 et T5 pour favoriser les familles et retenir les jeunes. Il affirme avoir réduit les coûts de 23 % et vendre huit lots à bâtir à des prix inférieurs, tout en abandonnant des éléments coûteux comme une œuvre d'art ou un espace intergénérationnel.
En revanche, Théo Salamon conteste l'ampleur du projet, estimant que 160 logements dans une commune de 3 000 habitants entraîneraient un accroissement démographique d'environ 14 %, bien au-delà du taux d'intégration optimal de 1 à 2 % par an. Il propose de ramener la ZAC à 40 logements, entièrement en locatif social, critiquant les 40 % actuels comme « en trompe-l'œil » en raison de la part de bail réel solidaire (BRS) destinée aux classes moyennes.
Catherine Errecart, quant à elle, se montre plus ouverte au développement, soulignant que la population a augmenté de 700 à 3 000 habitants sans altérer la qualité de vie. Elle met en avant la nécessité d'une meilleure concertation, promettant une consultation des habitants sur la ZAC pour une gouvernance « mieux partagée ». Elle doute cependant des avantages réels des tarifs préférentiels sur les lots, craignant des répercussions sur les promoteurs.
Un enjeu symbolique : éviter le risque de ville-dortoir
Au-delà des aspects techniques et économiques, ce projet synthétise la grande question qui se pose aux communes de l'intérieur : comment grandir sans devenir une ville-dortoir où le lien social se dilue ? Pascal Jocou insiste sur les mesures prises pour réduire l'imperméabilisation des sols de 9 % et privilégier le commerce de centre-bourg, espérant y ramener un boulanger grâce à des préemptions foncières.
Les élections municipales de Briscous seront donc déterminantes pour l'avenir de ce projet, reflétant les tensions entre développement nécessaire et préservation de l'identité villageoise, dans un contexte de pression immobilière croissante sur la côte basque.



