Violences faites aux femmes : Darmanin reconnaît des "failles" et promet un changement de méthode
Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a présenté jeudi devant la délégation aux droits des femmes du Sénat un constat sévère sur la lutte contre les violences faites aux femmes, reconnaissant explicitement des "failles" persistantes au sein du système judiciaire. Le ministre de la Justice a annoncé un "changement de méthode" radical, appelant à "passer d'une culture du commentaire à une culture du résultat".
Un système judiciaire en échec
Dans son audition, Gérald Darmanin a pointé du doigt plusieurs dysfonctionnements majeurs qui entravent l'efficacité de la chaîne pénale. Il a dénoncé une "juxtaposition de compétences sans articulation", un "empilement d'instruments sans chef d'orchestre" et surtout "une chaîne pénale dont la cohérence fait largement défaut". Ces déclarations interviennent dans un contexte particulièrement sensible, alors que l'Inspection générale de la justice vient de reconnaître une "accumulation de défaillances" des services de l'État dans l'affaire Inès Mecellem.
Le drame d'Inès Mecellem, révélateur des failles
Le meurtre d'Inès Mecellem, une jeune femme de 25 ans poignardée à mort par son ancien compagnon le 8 septembre 2025 à Poitiers, illustre tragiquement ces dysfonctionnements. Malgré plusieurs plaintes déposées et l'activation de son téléphone grave danger, les dispositifs de protection n'ont pas pu empêcher le drame. Ce cas emblématique a mis en lumière les lacunes du système, avec notamment 70% des plaintes pour violences faites aux femmes classées sans suite et des délais de jugement pouvant atteindre six ans.
Les mesures annoncées par le ministre
Face à cette situation, Gérald Darmanin a détaillé plusieurs mesures concrètes :
- La création d'un guichet national pour les téléphones grave danger "dans les toutes prochaines semaines"
- L'expérimentation d'audiences communes civiles et pénales
- L'homogénéisation des stages de responsabilisation pour les auteurs de violences sexuelles et sexistes
- La publication d'un code des violences familiales en juin prochain, qui "réunira tous les textes en vigueur"
Le ministre a reconnu qu'il y avait eu des "avancées", mais a insisté : "Nous ne sommes pas encore au rendez-vous de ce que devrait faire le grand service public pour être à l'écoute des victimes". Cette prise de parole intervient alors que les associations féministes dénoncent régulièrement les manquements dans la prise en charge des victimes de violences conjugales et sexistes.



