Un procès marqué par la terreur et la souffrance des victimes
Dès le premier jour du procès, lundi 2 mars, l'atmosphère dans la salle d'audience était lourde d'angoisse. Plusieurs femmes, ayant partagé la vie de l'accusé, hésitaient visiblement à franchir le seuil de la cour criminelle de Loire-Atlantique. La crainte de croiser son regard, décrit comme particulièrement noir et intimidant, les paralysait littéralement.
Sur le banc des parties civiles, les émotions étaient palpables : des sanglots étouffés se faisaient entendre, tandis que des tremblements incontrôlables trahissaient le traumatisme profond des plaignantes. À plusieurs reprises, la présidente de la cour, Karine Laborde, a dû rappeler fermement à l'accusé, reconnaissable à son crâne rasé, qu'il ne devait absolument pas diriger son regard vers les victimes.
Un verdict historique après des années de souffrance
Le verdict est finalement tombé vendredi 6 mars, en début d'après-midi, mettant un terme à plusieurs jours d'audience particulièrement éprouvants. L'homme de 38 ans, assis dans le box des accusés, a été reconnu coupable de l'ensemble des faits qui lui étaient reprochés. Ces accusations incluaient des viols par conjoint sur cinq des six femmes, des actes de torture et de barbarie sur trois plaignantes, ainsi que des violences habituelles sur les autres victimes.
L'accusé, qui était détenu provisoirement depuis quatre ans et demi, a écopé de la peine maximale encourue : vingt ans de réclusion criminelle. Cette condamnation s'accompagne d'une peine de sûreté des deux tiers et d'un suivi sociojudiciaire de dix ans, avec une injonction de soins obligatoire. À l'énoncé de cette sentence, les plaignantes, qui avaient gardé la tête baissée pendant une grande partie du procès, ont enfin pu relever le front.
Des témoignages bouleversants sur la cruauté conjugale
Pendant les audiences des mardi, mercredi et jeudi, les six femmes se sont succédé à la barre pour raconter leur calvaire. Elles ont décrit comment ce compagnon à la « gueule d'ange » s'était progressivement transformé en un véritable « démon » au cours de leurs relations, qui se sont étalées entre 2007 et 2021.
D'une voix souvent chevrotante, elles ont détaillé les premières violences : les « grosses gifles », les touffes de cheveux arrachées, l'isolement social imposé, et le climat de peur permanent qui régnait. Mais les témoignages les plus choquants concernaient les sévices subis :
- Des tirs à l'arbalète dirigés vers l'une des victimes
- Une brûlure au fer à repasser sur le ventre d'une autre femme, alors qu'elle était enceinte
- L'obligation de lécher de l'urine
- Un coup de tournevis au visage
- Des mains serrées autour de leur cou jusqu'à l'étouffement
- Des menaces de pendaison et d'immolation répétées
Le réquisitoire de l'avocate générale
Dans son réquisitoire, l'avocate générale Hélène Faessel a souligné avec force l'ampleur de la cruauté déployée par l'accusé. « Il n'y a pas de trou dans le CV de cruauté conjugale de Monsieur », a-t-elle déclaré, ajoutant que « nul doute que leur vie commune avec l'accusé a été une petite mort » pour chacune des victimes.
L'avocate a rappelé que toutes ces femmes étaient « pâles, marquées par les coups et vidées de leur vitalité » à la fin de leurs relations avec lui. Cependant, elle a aussi mis en lumière leur courage : « toutes ont, à un moment, trouvé la force » de lui échapper et de porter plainte, permettant ainsi que la justice suive son cours.
Ce procès, par son issue et la gravité des faits exposés, marque un moment important dans la lutte contre les violences conjugales, soulignant à la fois l'importance de la parole des victimes et la nécessité de sanctions à la hauteur des souffrances endurées.



