Un « tremblement de terre » et « tout s'effondre ». La semaine dernière, plusieurs médias ont révélé qu'une militante de Cœur lyonnais avait porté plainte mi-mai pour viol par soumission chimique contre l'ex-directeur de la communication de Jean-Michel Aulas, Roman Abreu. La victime avait évoqué les faits à l'ancien patron de l'OL ainsi qu'à Laure Cédat et Emmanuel Imberton, ensuite élus à la métropole de Lyon. Selon l'AFP, qui cite son avocate, le mis en cause conteste « toute accusation ».
Retrait et délégations retirées
Depuis les révélations, Jean-Michel Aulas s'est mis en retrait de son poste de principal opposant à la ville de Lyon. Véronique Sarselli, présidente de la métropole, a retiré temporairement les délégations de son premier vice-président et des deux autres membres du groupe communautaire « Grand Cœur lyonnais ». Elle déplore de ne pas avoir été « informée » de l'affaire sur le moment et leur reproche de ne pas avoir signalé les faits à la justice et d'avoir « maintenu » en poste ce conseiller « jusqu'à la fin de la campagne » des municipales. Dans un entretien au Progrès, elle précise avoir agi « en parfait accord » avec ces élus.
« La politique, ce n'est pas comme le foot »
Jean-Michel Aulas a confirmé avoir été prévenu par la victime et lui avoir demandé quelle suite elle souhaitait donner à l'affaire. « Elle ne voulait plus le croiser, elle n'a pas voulu porter plainte, j'étais décidé à lui apporter tout mon soutien dans le choix qui était le sien », a-t-il indiqué. Après avoir convoqué son directeur de communication, qui lui aurait indiqué, selon lui, avoir eu une relation « consentie » avec la jeune femme, il dit l'avoir écarté des locaux de campagne, sans pour autant mettre fin à ses fonctions.
Pour Romain Meltz, professeur à l'université de Lyon-2 en sciences politiques et chercheur au laboratoire Triangle, cette affaire n'est autre qu'une « réplique d'un tremblement de terre ». « Le séisme, c'est la défaite aux municipales pour Aulas, avec cet échec d'être arrivé 2e. Et depuis, on a des répliques. Tout est allé de mal en pis, tout s'est désagrégé », affirme le politologue.
Une question de « discernement »
En niant sa défaite, le candidat avait déjà « abîmé sa stature politique », remarque Romain Meltz. « Il a renforcé le fait que la mauvaise foi du foot continuait d'être son mantra, poursuit-il. Mais il n'avait pas compris que la politique, ce n'est pas comme le foot. Dans la culture politique, il faut reconnaître sa défaite, ça fait partie du droit, un jour, de gagner. En montrant qu'on est capable de faire, on montre qu'on est dans le jeu républicain. »
Son « capital de notoriété » a continué de s'effilocher ces derniers mois. Avec la remise de l'écharpe à Grégory Doucet, mais aussi avec des séances « de malaise » en conseil, en « demandant tout le temps la parole », confie le chercheur. « Et là, avec cette séquence, il ne reste plus rien, affirme Romain Meltz. Dans cette réplique du séisme de son effondrement, il révèle son absence totale de discernement, c'est-à-dire de juger convenablement les situations qui lui seraient présentées en tant que maire. » Et de commenter le maintien du directeur de communication, écarté des locaux mais pas de ses fonctions : « L'absence de discernement, c'est l'incapacité de prendre les bonnes décisions dans un contexte difficile. »
Plus que dix conseillers municipaux chez Cœur lyonnais
Face à la situation, plusieurs élus ont alors annoncé quitter le groupe Cœur lyonnais, qui avait rassemblé « la droite et le centre » pour les dernières élections. Deux groupes d'opposition se sont alors créés à la mairie. Lyon Ensemble, qui réunit 62 élus de proximité dont les trois maires d'opposition de Lyon, Pierre Oliver (LR), maire du 2e arrondissement, Thomas Rudigoz (Renaissance), maire du 5e arrondissement, et Samuel Soulier (Horizons), maire du 6e arrondissement. Et Lyon, Humaniste & Démocrate (LyHD) par François-Xavier Pénicaud (Modem), Loïc Terrenes, Edouard Hoffmann et Charlotte Hoffmann. Il ne reste désormais plus que dix conseillers dans le parti de Jean-Michel Aulas.
Pour Romain Meltz, l'affaire de viol dont est accusé le directeur de la communication de la campagne d'Aulas signe la fin de son parti Cœur lyonnais. « De toute façon, il n'y avait rien de possible pour le Cœur lyonnais, analyse Romain Meltz. Même pour les sénatoriales, il n'y avait pas de place. Déjà, la logique des partis avait repris sa marche. On voyait déjà que le parti n'était pas capable de fédérer et d'imposer une liste pour les élections de septembre. »
Pour le politologue, l'affaire de viol ne fait « qu'accélérer » ce qui était « inéluctable » : « l'éclatement de cette configuration qu'il avait cru créer autour de son nom ». « Il ne s'est jamais rien passé qui aurait pu montrer que Jean-Michel Aulas était politique, en dehors du tout début de sa campagne, conclut-il. Il n'a aucun talent et aucune ressource pour ce domaine. Donc oui, Aulas, c'est fini mais ça n'a jamais vraiment commencé. »



