La vengeance, un droit légitime ? Le débat philosophique entre Devillairs et Fleury
Vengeance : un droit légitime ? Le débat Devillairs-Fleury

La vengeance, un droit légitime ? Le débat philosophique entre Devillairs et Fleury

Victime d'une injustice professionnelle, la philosophe Laurence Devillairs a éprouvé un désir de vengeance qui lui a permis de se sentir à nouveau exister. Cette expérience personnelle l'a conduite à écrire un essai sur ce sentiment tabou, intitulé Vengeance. Le droit de ne pas pardonner. Elle y explore la dimension restauratrice de cette émotion souvent condamnée.

Un dialogue inédit entre deux intellectuelles

Laurence Devillairs, spécialiste de Descartes et Pascal, a accepté de débattre de cette question avec la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury. Leur rencontre a eu lieu à la librairie Le Dilettante dans le 5ème arrondissement de Paris le 30 mars 2026. Leur échange aborde sans détour une problématique rarement traitée en philosophie : la place légitime du désir vindicatif dans notre société contemporaine.

Devillairs décrit comment la pensée de vengeance lui a permis de retrouver une forme d'intégrité après avoir subi ce qu'elle qualifie d'institutionnelle. « J'ai subi une injustice », écrit-elle en ouverture de son essai, avant de narrer avec des mots douloureux cette expérience éprouvante. Elle insiste particulièrement sur la restauration intime qu'elle a connue en assumant pleinement cette émotion qui fait généralement peur, voire horreur.

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La vengeance comme processus de reconstruction

Pour Laurence Devillairs, le désir de vengeance ne doit pas être systématiquement réprimé. Elle argumente que cette émotion peut constituer une étape nécessaire dans le processus de reconstruction après un préjudice. Selon elle, notre société gagnerait à laisser davantage s'exprimer ce sentiment plutôt qu'à le condamner moralement sans discernement.

La philosophe développe l'idée que la vengeance, lorsqu'elle reste à l'état de désir ou de projet mental, permet à la victime de reprendre le contrôle de son récit et de son identité. Elle conteste ainsi l'impératif social du pardon immédiat, qu'elle juge parfois prématuré voire aliénant pour ceux qui ont été lésés.

Les réserves de la psychanalyse

Cynthia Fleury apporte quant à elle un regard plus nuancé, nourri par sa double formation philosophique et psychanalytique. Tout en reconnaissant la légitimité du ressenti décrit par Devillairs, elle met en garde contre les dérives potentielles du désir vindicatif lorsqu'il se transforme en passage à l'acte.

La psychanalyste souligne les risques que représenterait une société trop permissive vis-à-vis de la vengeance, notamment en termes de cycles de violence et de justice privée. Elle insiste sur la nécessité de canaux institutionnels pour traiter les injustices, tout en admettant que ces derniers ne parviennent pas toujours à apaiser la souffrance des victimes.

Un débat qui dépasse la sphère personnelle

Le dialogue entre ces deux intellectuelles dépasse largement le cadre du témoignage personnel pour aborder des questions sociétales fondamentales :

  • Quelle place notre société accorde-t-elle aux émotions négatives ?
  • Comment concilier justice institutionnelle et réparation psychologique ?
  • Le pardon doit-il toujours être présenté comme l'idéal à atteindre ?
  • Quelles alternatives à la vengeance pour restaurer l'estime de soi après une injustice ?

Cet échange révèle combien la vengeance, loin d'être un simple réflexe primitif, peut être analysée comme un phénomène complexe touchant à l'identité, à la justice et à la reconstruction psychique. Le débat reste ouvert entre la défense d'une expression contrôlée du désir vindicatif et les avertissements concernant ses implications collectives.

Propos recueillis par Arnaud Gonzague, publié le 12 avril 2026. Lecture : 9 minutes.

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