Un témoignage explosif devant le tribunal correctionnel de Bordeaux
L'ancien homme à tout faire de Sofiane Hambli, surnommé "Grincheux", a déposé hier devant le tribunal correctionnel de Bordeaux. Son témoignage dresse un portrait de l'indic de l'Ocrtis bien éloigné d'un simple logisticien et assure que les quantités de cannabis étaient largement supérieures à celles saisies par les autorités.
L'éthique des "braqueurs" contre celle des "stupeux"
À la barre ce lundi 9 mars, le quadragénaire au crâne rasé et vêtu d'un pull noir oppose l'éthique des "braqueurs" à celle des "stupeux". Il était auditionné dans le cadre du procès de François Thierry, l'ancien patron de la lutte anti-stups, poursuivi pour avoir aidé son principal informateur dans un trafic de cannabis.
"On avait des principes", lance "Grincheux", qui avait fait l'essentiel de sa carrière de délinquant dans les vols à main armée avant de devenir l'homme à tout faire de Sofiane Hambli contre une rémunération de 2 500 euros par mois. Il sera interpellé le 25 octobre 2015 en Belgique au volant d'un camion contenant près de 6 tonnes de cannabis.
La troisième saisie d'un fiasco policier
Cette arrestation constitue la troisième saisie issue du fiasco de la livraison surveillée par l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis). Au cours de cette opération, un camion chargé de stupéfiants provenant du Maroc a franchi la frontière espagnole en octobre 2015 sans être correctement contrôlé.
L'enlèvement de l'épouse comme moyen de pression
Incarcéré en Belgique, "Grincheux" assure que Hambli lui faisait passer des messages par son épouse. Selon lui, c'est lorsqu'il aurait pris la décision de se passer de l'avocat qui lui avait été fourni que Sofiane Hambli aurait vu rouge.
"Quand les gens sont corrects, on ne parle pas. Mais il a fait enlever ma femme pour faire pression. Ça, je n'ai pas accepté", s'étouffe l'homme à tout faire. En réalité, les malfrats s'étaient trompés de femme et avaient séquestré une inconnue à la sortie du parloir de la prison le 9 février 2016.
Un portrait accablant du trafiquant
C'est à la suite de cet incident que "Grincheux" a décidé de parler. S'il reste mutique sur la plupart des autres protagonistes, il accable Sofiane Hambli et livre un portrait du trafiquant bien éloigné du simple logisticien présenté par l'Ocrtis pour justifier son statut d'informateur.
"Il est partout ! Dans le trafic, la logistique, c'est lui qui dirige tout, il faut appeler un chat un chat. Il gère tout, les clients, les téléphones, c'est un chef d'entreprise !"
Un poste d'observation privilégié
"Grincheux" dispose d'un poste d'observation privilégié. Lorsque le camion chargé de stupéfiants arrive d'Espagne et stoppe dans un entrepôt de Vénissieux le 9 octobre, il est dans l'équipe qui vient le décharger.
Quelle quantité y avait-il ? L'Ocrtis avait fait état aux magistrats d'une dizaine de tonnes dans sa demande initiale. Les trois saisies des douanes portent déjà le volume à 15 tonnes. Loin de la réalité, estime "Grincheux".
"Il y avait près de 40 tonnes" assure-t-il. À Vénissieux, deux camions arrivent de Paris pour charger la marchandise : un trente-huit tonnes "qu'on remplit" et un 19 tonnes "chargé à ras bord".
Le convoi vers Aulnay-sous-Bois
Le convoi part à Aulnay-sous-Bois en région parisienne. Mais sur la route, le 19 tonnes tombe en panne. "On est revenu avec Sofiane le décharger avec des fourgons". Le dépanneur expliquera que le camion était tellement chargé qu'il ne pouvait plus tourner dans les ronds-points.
Un dispositif policier défaillant
Indirectement, la déposition de "Grincheux" est très embarrassante pour François Thierry. Les policiers, de façon plus qu'étonnante, n'ont pas suivi le convoi vers Aulnay, et ont maintenu un dispositif allégé autour d'un entrepôt vide à Vénissieux.
Pendant ce temps, à Aulnay, le marché de gros du cannabis est ouvert... "Beaucoup de gens venaient. Certains venaient charger, d'autres prenaient un fourgon déjà prêt". Six fourgons seront garés boulevard Exelmans, au pied de l'appartement de Sofiane Hambli. Les douanes en ont saisi quatre, mais deux n'ont pas été repérés.
"On les a transvasés dans d'autres fourgons dans la cour de Sofiane. Des gens sont venus et sont partis avec".
La révélation du statut d'informateur
"Grincheux" jure au tribunal, qui n'est pas obligé de le croire, n'avoir appris qu'après son arrestation que Sofiane Hambli était un informateur de la police.
"Après la saisie d'Exelmans, il m'a dit : l'Ocrtis veut me mettre une balle dans la tête", dit-il, assurant n'avoir pas posé de question. Il glisse : "En Belgique, le camion était attendu par une armada de forces de l'ordre. Quand il m'a envoyé là-bas, il m'a sacrifié".
Une audience marquée par les absences
Ce lundi, sur le banc des prévenus, de nombreuses chaises étaient vides. Dont celle de François Thierry. L'interrogatoire du policier est prévu la semaine prochaine, laissant planer de nombreuses questions sur les relations entre les services de police et leurs informateurs dans cette affaire de trafic à grande échelle.



