Un surveillant des Baumettes sévèrement condamné pour corruption et violation du secret professionnel
Un agent pénitentiaire du centre des Baumettes à Marseille a été lourdement sanctionné vendredi pour des faits de corruption et de violation du secret professionnel. Le tribunal correctionnel de Marseille a prononcé une peine de trois ans de prison, dont deux ans avec sursis, la dernière année devant être purgée sous bracelet électronique.
Un trafic lucratif organisé depuis l'extérieur
Âgé de 30 ans et recruté en 2016, ce surveillant a reconnu lors de son jugement le 20 février avoir fait entrer régulièrement des sacs contenant de l'alcool, des produits alimentaires et d'hygiène à la demande de détenus. Les sacs étaient déposés devant son domicile avant d'être dissimulés dans une poubelle du rez-de-chaussée du quartier « Hommes 2 » des Baumettes.
Le fonctionnaire était rétribué 150 euros par sac, avec une fréquence de deux à trois livraisons par semaine. Ces activités illicites se sont déroulées de décembre 2021 au 5 août 2022, date à laquelle il a été interpellé en flagrant délit.
La transmission de documents confidentiels au cœur du scandale
L'affaire prend une dimension particulièrement grave avec la révélation que le surveillant a également édité et transmis des fiches pénales de deux détenus, en échange de 200 euros par document. Ces fiches, qui détaillent le parcours carcéral et notamment la date de libération des individus, ont été découvertes dans la boîte à gants d'un véhicule perquisitionné.
Cette perquisition s'inscrivait dans le cadre d'enquêtes sur un double assassinat lié à des rivalités entre gangs criminels et l'exécution d'un homme brûlé vif dans un coffre. La photo d'un narcotrafiquant important et le planning de travail du surveillant ont également été retrouvés avec ces documents confidentiels, qui concernaient des membres de l'une de ces bandes criminelles.
Des justifications controversées face à la justice
Le procureur a qualifié cette transmission de documents de « extrêmement grave dans le contexte de la criminalité marseillaise », soulignant les risques pour la sécurité publique. Père de trois jeunes enfants et rencontrant des difficultés financières, le surveillant a pour sa part invoqué des menaces qui l'auraient contraint à accepter ces activités.
« Je n'avais pas le choix, ils viennent devant la crèche, s'assoient sur le capot de ma voiture et me disent qu'ils vont s'en prendre à mes enfants », a-t-il déclaré devant le tribunal. Cependant, la justice s'est montrée sceptique face à ces arguments, s'étonnant qu'il puisse prétendre agir sous la menace tout en percevant des rémunérations régulières.
Des sanctions administratives lourdes et durables
Outre la peine d'emprisonnement, le fonctionnaire de 30 ans se voit infliger des sanctions administratives particulièrement sévères :
- Interdiction définitive d'exercer toute fonction publique
- Privation de ses droits civiques, civils et de famille pendant cinq ans
- Inscription au casier judiciaire avec toutes les conséquences professionnelles et sociales que cela implique
Le surveillant a toujours affirmé n'avoir jamais accepté de faire entrer de la drogue ou des téléphones, se limitant selon lui aux produits alimentaires et d'hygiène. « Nous ne saurons jamais s'il a fait entrer autre chose », a cependant déploré le procureur, laissant planer le doute sur l'étendue réelle des activités illicites.
Cette affaire met en lumière les pressions exercées par les réseaux criminels au sein des établissements pénitentiaires et les vulnérabilités potentielles du personnel face à ces menaces, tout en rappelant la gravité des violations du secret professionnel dans un contexte de criminalité organisée.



