Sœur d'un militaire séquestré : « Cette femme est un monstre »
Sœur d'un militaire séquestré : « Cette femme est un monstre »

Le parquet de Toulon a confirmé la mise en examen de cinq membres d'une même famille pour séquestration, violences et traite d'êtres humains. Les témoignages lèvent le voile sur un système d'emprise qui a duré plus d'une décennie. La sœur de l'un des militaires ultramarins séquestrés exprime un « grand soulagement ».

Des années d'angoisse enfin reconnues

« C'est un grand soulagement », confie la sœur de l'une des victimes. Son frère a été retenu pendant cinq ans à Fréjus, avant que la famille ne s'installe à Toulon. « Nous avons fait partie des premiers à déposer plainte, il y a plus de dix ans, mais tout avait été classé sans suite en 2015-2016 », explique-t-elle. À l'époque, face au déni de la principale mise en cause, la parole des victimes ne pesait rien. « On nous a demandé des preuves que nous n'avions pas. C'était la parole de mon frère contre la sienne. On ne nous croyait pas. »

Un schéma d'emprise bien rodé

L'enquête démontre que la famille ciblait de jeunes hommes isolés, souvent militaires. Elle les hébergeait, obtenait progressivement leur confiance, récupérait leurs papiers d'identité, contrôlait leurs moyens de paiement, exerçait une emprise psychologique et profitait financièrement de leur situation. Les auditions de plusieurs victimes convergent vers ce schéma.

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« Traité pire qu'un chien errant »

Le jeune militaire, attiré par des promesses d'aide administrative, a vécu un enfer. « Mon frère était un jeune militaire promis à un brillant avenir. Il a été traité pire qu'un chien errant, comme un animal sauvage », témoigne sa sœur, évoquant des blessures « physiques et mentales ». « Il n'est plus lui-même depuis ces faits. Il est incapable de reparler de cette période. Nous essayons de ne plus aborder le sujet, pour le protéger. »

La jeune femme estime s'être fait « bernée » par cette famille qu'elle connaissait. « Nous venons de la même île. On leur faisait confiance. Je n'oublierai jamais ce qu'ils ont fait subir à mon frère. » Si le jeune homme a été retrouvé en 2016, les séquelles sont toujours à vif. « Il vit avec ces stigmates. C'est horrible de se dire que cette femme lui a pris sa jeunesse, son futur. Il n'avait que 23 ans. »

Une tentative de mainmise après la libération

La famille incriminée aurait tenté de maintenir son emprise même après que le jeune militaire a été récupéré par ses proches. « Ils sont démoniaques, ils sont même venus chez nous pour essayer de l'emmener de force, la femme s'est pointée avec ses sept enfants et son mari, prétextant qu'on séquestrait notre propre frère. C'était en 2016, après l'avoir sauvé de leurs griffes. »

Aujourd'hui, l'enquête judiciaire offre un espoir de justice. « La haine est encore très présente dans nos cœurs, mais savoir que cette procédure avance nous donne un sentiment de soulagement. Pour nous, pour les autres familles, pour les disparus. » La sœur de la victime préfère rester en retrait en attendant que la justice fasse son travail. « Nous n'attendons qu'une seule chose désormais : que justice soit faite. C'est tout ce que nous voulons entendre. Car cette femme est un monstre. » Lors de la perquisition réalisée en janvier 2026 au domicile du clan, de nombreux objets et documents appartenant au militaire ont été retrouvés. « Maintenant, on nous croit. »

Une mère de famille au cœur du système

La mère de famille de 52 ans, figure centrale de ce fonctionnement clanique, est décrite par les enquêteurs comme violente. Pendant plusieurs années, elle aurait envoyé sa fille séduire des militaires ultramarins. Lors de son audition, l'un de ses fils affirme qu'elle « insultait » et « frappait » les soldats qu'elle hébergeait. Il assure également qu'elle lui aurait demandé de tuer l'un des deux militaires disparus, une demande qu'il dit avoir refusée. Selon son récit, c'est finalement son frère qui aurait commis le meurtre. Il explique que sa mère voulait se débarrasser de la victime parce qu'elle « avait peur qu'il fasse des plaintes, des histoires, et que ces choses amènent au placement des enfants ».

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Son ex-mari, lui aussi placé en détention provisoire, décrit une femme autoritaire, « humiliant » régulièrement son entourage. Il reconnaît qu'« elle lui criait souvent dessus » avant d'ajouter : « C'est la mère de mes enfants, il n'y a qu'elle qui a le droit de m'insulter comme ça. »