Un septuagénaire écroué pour 89 viols sur mineurs : appel à témoins et soupçons de meurtres
Le parquet de Grenoble a lancé ce mardi 10 février un vaste appel à témoins pour identifier la totalité des 89 victimes présumées de Jacques Leveugle, un homme de 79 ans écroué et mis en examen pour viols et agressions sexuelles aggravés sur des mineurs. Les faits se seraient déroulés dans plusieurs pays entre 1967 et 2022. L'individu est également suspecté dans les meurtres de sa mère et de sa tante, survenus il y a plusieurs décennies.
Des "mémoires" détaillant 55 ans d'abus sur des mineurs à travers le monde
Jacques Leveugle, né en 1946 à Annecy, a parcouru de nombreux pays au cours de sa vie, occupant divers petits emplois et encadrant des activités pour la jeunesse. Selon le procureur de la République de Grenoble, Etienne Manteaux, l'homme aurait profité de ses positions d'enseignant ou d'animateur pour établir des relations sexuelles avec des jeunes garçons. L'affaire a éclaté en 2023 lorsque le neveu du suspect, soupçonnant des agissements répréhensibles, a remis aux enquêteurs de Vizille une clé USB appartenant à son oncle.
Cette clé USB contenait quinze tomes de "mémoires" dans lesquels Jacques Leveugle détaillait avoir eu des relations sexuelles avec 89 mineurs âgés de 13 à 17 ans. Les écrits couvrent une période allant de 1967 à 2022 et mentionnent des séjours dans des pays comme l'Allemagne, la Suisse, le Maroc, le Niger, l'Algérie, les Philippines, l'Inde, la Colombie et la Nouvelle-Calédonie. En garde à vue, l'homme a admis que ces mémoires correspondaient à la réalité des faits.
Un appel à témoins crucial pour identifier les victimes
Malgré les investigations, seulement une quarantaine de mineurs ont pu être identifiés à partir des écrits du mis en examen. Face à des difficultés pour retrouver les autres victimes, notamment en raison de l'ancienneté des faits et de l'absence d'informations complètes, le parquet a décidé de lancer un appel à témoins. "C'est apparu indispensable pour permettre à des victimes qui n'ont pas pu être identifiées de se manifester", a souligné le procureur Manteaux.
Le magistrat a rappelé que seuls les faits commis après 1993 ne sont pas couverts par la prescription, mais il encourage toutes les victimes à se faire connaître afin d'établir un tableau complet des violences subies. Aucune victime n'a pour l'instant été identifiée dans la région de Grenoble, mais le parquet local est saisi des investigations puisque c'est à Vizille que les faits ont été dénoncés.
Soupçons de meurtres sur la mère et la tante du suspect
Outre les accusations de viols et d'agressions sexuelles, Jacques Leveugle est soupçonné d'avoir commis deux meurtres. Il a reconnu avoir étouffé sa mère, atteinte d'un cancer en phase terminale, en 1974 avec un coussin, affirmant vouloir "abréger ses souffrances". En 1992, il aurait utilisé le même mode opératoire pour tuer sa tante âgée de 92 ans, qu'il décrivait comme vulnérable et fragile.
Le prévenu a justifié ces actes en déclarant qu'il souhaiterait qu'on lui fasse de même s'il se trouvait dans une situation de fin de vie. Ces deux meurtres font désormais l'objet d'une enquête distincte menée par les autorités judiciaires.
Un profil complexe et une affaire hors norme
Le colonel Serge Procédès, commandant de la section de recherches de Grenoble, a qualifié cette affaire de "cas d'école de sérialité". Jacques Leveugle se décrit lui-même comme un "pédéraste" et un "boy lover", indiquant dans ses mémoires avoir conscience d'une "nature particulière" l'amenant à s'attacher à des garçons en pleine puberté. Selon le procureur, l'homme sélectionnait des mineurs peu cultivés pour les séduire intellectuellement, leur enseignant des langues étrangères et éveillant leur culture.
Les victimes entendues ont confirmé que l'homme passait beaucoup de temps à les instruire, créant ainsi un ascendant moral. Jacques Leveugle a assuré aux enquêteurs ne pas avoir conscience de cet ascendant. Mis en examen et placé en détention provisoire en février 2024, il a été de nouveau écroué en avril 2025 après avoir violé son contrôle judiciaire. L'enquête se poursuit pour établir l'ampleur totale de ses crimes et permettre aux victimes de trouver justice.



