Marek Halter présente « Le Juif » à Hyères : un roman miroir de l'Histoire
Marek Halter : « Le Juif », un roman miroir de l'Histoire

À plus de 90 ans, Marek Halter garde une foi inébranlable en l'humanité. C'est ce qu'il aura l'occasion de dire à nouveau dimanche, lors d'un « brunch littéraire » organisé à Hyères, dimanche 17 mai 2026. L'occasion de parler de son dernier roman « Le Juif », publié chez Fayard.

Un roman ancré dans l'actualité

Jean-David n'est pas de confession juive. Mais depuis sa naissance, et une circoncision nécessaire pour raisons médicales, beaucoup le croient. Un « malentendu » qui l'interroge. Surtout, après avoir découvert qu'un de ses ancêtres aurait fondé la première synagogue de Doullens, dans les Hauts-de-France. Parti à la recherche de ses origines, le voilà bientôt entraîné dans un réseau international mêlant trafics, services secrets et conflits dans le monde. « Le Juif », nouveau roman de Marek Halter, guide le lecteur dans les pas d'un homme en quête d'identité, d'appartenance, sur fond d'antisémitisme, et de vivre-ensemble. L'histoire du monde en somme, que l'auteur, ardent artisan du dialogue interreligieux et militant pour la paix, met une nouvelle fois en exergue.

Un écrivain miroir de l'Histoire

Interrogé sur son retour au roman d'espionnage, Marek Halter explique : « L'actualité. Peut-être à tort, parce que j'ai passé de très bons moments à inventer les personnages, à me mettre à leur place, comme tous les auteurs le font… Mais un écrivain est un peu le miroir de l'Histoire. Beaucoup de mes lecteurs m'ont avoué qu'ils n'osent pas descendre avec mon livre dans le métro pour ne pas provoquer de réactions hostiles. On me demande beaucoup pourquoi j'ai appelé le livre « Le Juif » : c'est « L'étranger » de Camus, c'est un autre… Or il n'en est pas un, il est comme les autres. Et les autres sont comme nous. Cette réflexion est extrêmement actuelle, car nous vivons dans un monde où, comme disait mon ami le pape Jean-Paul II, tout commence par la peur. »

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Un appel à la solidarité

« Ce livre raconte l'histoire de Jean-David qui, au fil de sa quête et de son enquête, va découvrir une communauté qu'il ne connaît pas alors qu'il en a toujours été considéré comme l'un de ses membres. C'est une mise à l'épreuve des préjugés et un appel à la bienveillance. D'abord, c'est un appel à la solidarité. J'essaie depuis quelques décennies d'expliquer que l'autre, c'est moi. Qu'il n'est pas différent de moi. »

Être juif aujourd'hui

À la question « C'est quoi être juif aujourd'hui ? », Marek Halter répond : « C'est la théorie de Jean-Paul Sartre. J'étais jeune quand j'ai lu ses « Réflexions sur la question juive ». Je lui ai dit d'ailleurs, que cela m'avait énervé. Sa théorie, qui n'est pas idiote, dit que nous sommes ce que nous sommes dans le regard de l'autre. Ce sont les regards des autres qui commencent à nous différencier. Et nous sommes pris au piège. Nous devenons ce que l'autre voudrait que l'on soit. »

La colère comme moteur

Interrogé sur sa colère, l'écrivain confie : « Bien sûr, si vous ne l'êtes pas, vous ne faites plus rien. François Truffaut a dit qu'il aimait les juifs parce qu'ils se levaient tous les matins en colère (rires). Cette colère c'est une motivation, un moteur chaque jour. »

Regard sur le Proche-Orient

« C'est compliqué. Vous savez, les juifs sont comme tout le monde, ils ne sont pas tous Einstein… Nous étions, par deux fois, presque au bout de cette guerre interminable… Nous n'avions pas prévu qu'un extrémiste juif israélien tuerait Yitzhak Rabin. Netanyahou n'aurait jamais été au pouvoir aujourd'hui si Rabin n'avait pas été tué. Dans chaque pays il y a des courants. Tant que les courants humanistes, universalistes étaient au pouvoir en Israël, tout ce qui se passe aujourd'hui aurait été impensable. »

Un militant de la paix

« Le jour où je perdrais la foi, je serais mort (rires) Il y a toujours des choses à faire. »

Informations pratiques

Brunch littéraire avec Marek Halter à 11 heures dimanche 17 mai au Pasino d'Hyères. Organisé par le Fonds social juif unifié (FSJU) Marseille/Provence et le réseau Ezra. Tarifs : 25 euros. Au bénéfice des actions du FSJU dans le Var. Sur réservation : billetweb/marek-halter-fsju. Le Juif, de Marek Halter. Éditions Fayard. 352 pages. 21,90 euros.

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Un mot de Bolloré

Lui qui a longtemps été publié chez Laffont, a choisi cette fois Fayard pour « Le Juif ». Loin de l'agitation qui a secoué, ces dernières semaines, les maisons d'édition de la sphère Bolloré. « Je ne savais pas, que Bolloré avait racheté Fayard, explique Marek Halter. Avant d'ajouter : Fayard a publié Soljenitsyne à l'époque… » « Après avoir écrit un article dans Le Point ou Le Monde je ne me souviens plus, Bolloré m'a envoyé un mot, écrit à la main, et ça m'a touché. Je ne suis pas d'accord avec ses idées, elles sont très éloignées de moi, mais quelqu'un qui vous écrit un mot à la main, ça fait réfléchir. Ça veut dire qu'il a un rapport aux mots écrits. Dans la Bible, un des 12 prophètes dit : “prenez vos mains pleines de mots et donnez des ordres” Quand quelqu'un respecte les mots, on peut lui parler. »