Près de 3 000 fidèles se sont réunis ce jeudi de l’Ascension au sanctuaire de Notre-Dame de Santa-Cruz, au Mas-de-Mingue, pour le 61e pèlerinage organisé par la communauté pied-noir. Un événement chargé d’émotion, de mémoire et de spiritualité, marqué par un phénomène météorologique qui a rappelé à beaucoup l’histoire fondatrice de ce lieu.
Une pluie soudaine, puis le soleil
Alors que le ciel était menaçant et qu’une pluie battante s’est abattue sur le sanctuaire juste avant le départ de la procession, les fidèles ont patienté, certains sous les auvents, d’autres sous leurs parapluies. Puis, au moment précis où les cloches ont retenti pour annoncer la sortie de la statue de la Vierge, les nuages se sont dissipés et le soleil a fait son apparition, offrant un ciel radieux pour la montée vers la chapelle.
Ce retournement spectaculaire a immédiatement fait écho au récit fondateur du pèlerinage d’Oran, en 1849, lorsque, frappée par le choléra et la sécheresse, la ville avait vu la pluie tomber après une procession vers la montagne de Murdjadjo, mettant fin à l’épidémie. « J’ai entendu plein de monde en parler aujourd’hui. Ils disaient : ‘C’est le miracle de la pluie, comme là-bas !’ », témoigne Laura, une fidèle de la troisième génération.
Un pèlerinage entre mémoire et transmission
Depuis les années 1960, ce pèlerinage rassemble les familles rapatriées d’Algérie et leurs descendants. Sous les pins, autour des buvettes ou dans le silence de la chapelle, chacun vient chercher un souvenir, une prière ou un visage familier. La messe, présidée par l’évêque Mgr Davide Carraro, a rappelé le lien indéfectible entre Nîmes et l’ancienne cité algérienne.
Pour Michèle, 74 ans, ce pèlerinage est sacré : « Mes parents étaient arrivés d’Oran en 1962 avec presque rien. Quand la statue est arrivée à Nîmes, ma mère disait qu’elle retrouvait enfin un repère. » José, dont le père était maçon bénévole sur le chantier du sanctuaire, se souvient : « Beaucoup venaient aider après le travail. Ils disaient : ‘On reconstruit un bout d’Oran ici.’ »
Une ferveur qui perdure
Si dans les années 1980, le pèlerinage attirait jusqu’à 150 000 personnes, la foule était moins nombreuse cette année, mais l’émotion reste intacte. « Quand la statue avance dans la montée, il y a toujours ce moment de silence bouleversant. Moi, je revois mon père portant un cierge à Oran », confie Henriette, 85 ans. Pour elle, participer à ce pèlerinage, c’est vivre « quelque chose de plus grand que soi ».
La procession, partie à 14 h 30 du Mas-de-Mingue, a serpenté dans la montée Mgr-Lacaste, accompagnée de chants mariaux et de prières. Beaucoup de fidèles, essuyant quelques larmes, ont salué la transmission de cette mémoire aux jeunes générations, gage de la pérennité de ce rassemblement unique.



