Christophe Ruggia fixé sur son sort pour agressions sexuelles sur Adèle Haenel
Ruggia fixé sur son sort pour agressions sur Haenel

Verdict attendu pour Christophe Ruggia dans l'affaire Adèle Haenel

Le réalisateur Christophe Ruggia, âgé de 61 ans, connaîtra ce vendredi le verdict de la cour d'appel de Paris dans le cadre des poursuites pour agressions sexuelles sur l'actrice Adèle Haenel. Les faits remontent à la période 2001-2004, lorsque la comédienne était âgée de seulement 12 à 14 ans. Le parquet a requis trois années de prison ferme à son encontre lors des audiences d'appel.

Une affaire révélée par Mediapart en 2019

Cette affaire judiciaire, initialement portée à la connaissance du public grâce à une enquête approfondie de Mediapart en 2019, a connu un premier jugement en février 2025. Christophe Ruggia avait alors été condamné en première instance à quatre ans d'emprisonnement, dont deux ans ferme devant être effectués sous le contrôle d'un bracelet électronique. Le cinéaste a toujours catégoriquement nié les accusations portées contre lui et a immédiatement fait appel de cette décision.

Les agressions sexuelles auraient eu lieu lors de rendez-vous hebdomadaires organisés au domicile parisien du réalisateur. Ces rencontres faisaient suite au tournage éprouvant du film Les Diables, dans lequel Christophe Ruggia, alors âgé de 24 ans de plus que l'adolescente, avait offert à Adèle Haenel son tout premier rôle au cinéma.

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Un procès qui a dépassé les prévisions

Initialement programmée pour une seule après-midi le 19 décembre dernier, l'audience d'appel a finalement débordé du créneau prévu et a dû être prolongée jusqu'au 23 janvier. Tout au long des débats, Christophe Ruggia est resté fermement campé dans le déni, répétant inlassablement qu'il n'était « ni un agresseur sexuel, ni un violeur, ni un pédophile ».

Pour justifier les visites régulières d'Adèle Haenel à son domicile chaque samedi après-midi, le réalisateur s'est présenté comme un passeur de culture pour une jeune comédienne débutante, avide de conseils et de découvertes. « J'ai plus de 5.000 DVD à la maison, plein de livres. On parle de livres, de films, de voyages, de son école, de mes projets », a-t-il déclaré devant la cour.

Le témoignage poignant d'Adèle Haenel

De son côté, Adèle Haenel, actrice récompensée par deux César, a décrit avec une émotion palpable des caresses répétées et non consenties sur son corps d'adolescente. Lors de son témoignage à la barre de la cour d'appel, elle a révélé un traumatisme profond, caractéristique des enfants victimes de violences sexuelles.

« Ça me fout la honte, en fait. Ça me fout la honte d'être marquée à ce point. J'aimerais que ça n'ait pas eu lieu, j'aimerais juste pouvoir dire que ça n'existe pas », a-t-elle confié, la voix tremblante. Elle a également ajouté : « J'ai envie d'arrêter cette dépression, d'y mettre un terme, mais je sais pas si ça sera fini. Juste vivre avec. C'est une image de soi complètement détruite depuis l'âge de 12 ans ».

Une affaire qui dépasse le cadre du cinéma

Lors des réquisitions, l'avocat général a tenu à souligner que cette affaire, bien que se déroulant dans le milieu du cinéma, présentait des ressorts identiques à de nombreux autres dossiers d'abus sexuels sur mineurs. « Ce dossier a pour particularité de se passer dans le monde du cinéma, mais sur le fond, les ressorts, la réalité, c'est ce que vous retrouvez dans tous les dossiers sur lesquels vous êtes amenés à statuer : le prof d'équitation, le prof de gymnastique, l'encadrant de camp scout... C'est pas un #MeToo, c'est des abus sexuels sur des enfants », a-t-il déclaré en janvier dernier.

Depuis son rôle marquant dans Portrait de la jeune fille en feu (2019) de Céline Sciamma, devenu une œuvre féministe et lesbienne de référence, Adèle Haenel a progressivement tourné le dos au septième art à partir de 2020. Elle se consacre désormais principalement au théâtre et à un militantisme de gauche radicale, cherchant à reconstruire sa vie loin des projecteurs qui ont illuminé ses débuts précoces mais douloureux.

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Le verdict de ce vendredi marquera donc un tournant décisif dans cette affaire judiciaire qui a secoué le milieu cinématographique français et au-delà, mettant en lumière les mécanismes des abus sexuels sur mineurs et leurs conséquences dévastatrices sur les victimes.