Le système judiciaire a-t-il failli ? Les premières conclusions des inspections diligentées pour faire la lumière sur les dysfonctionnements dans le traitement de plaintes visant Jérôme Barella, soupçonné du meurtre de la petite Lyhanna, doivent être remises lundi au gouvernement, qui a promis des sanctions en cas de défaillances avérées.
Un drame qui a ébranlé la France
L’événement est très attendu, tant le drame de la mort de Lyhanna, une collégienne de 11 ans dont le corps a été retrouvé le 4 juin dans un silo d’une exploitation agricole désaffectée dans le Gers, a ébranlé la France. L’affaire a soulevé une vague d’émotion immense et provoqué une crise politique majeure pour l’exécutif, tout en portant sérieusement atteinte au crédit de l’institution judiciaire et des enquêteurs.
Les rapports des inspections générales de la justice et de la gendarmerie ont été diligentés par les ministres de la Justice Gérald Darmanin et de l’Intérieur Laurent Nuñez. Un rapport doit aussi être remis au ministre de l’Éducation.
Des plaintes classées sans suite
Certaines plaintes avaient été classées sans suite. Une autre, déposée en août 2025 par la mère de Rosa, une enfant de 10 ans ayant dénoncé des viols répétés de cet homme, n’avait pas été suivie d’actes d’enquête suffisamment rapides. Il n’avait été ni entendu, ni placé en garde à vue.
Des « défaillances graves » reconnues
Gérald Darmanin, qui a concentré les critiques et été visé par plusieurs appels à la démission, a rapidement reconnu qu’il y avait eu des « défaillances graves » dans cette affaire et présenté ses « excuses au nom de la Justice ». Il a promis des « sanctions » contre des magistrats si des « défaillances, des fautes professionnelles » étaient « avérées ».
Il a en revanche exclu de démissionner, considérant que ses directives de prioriser le traitement des dossiers d’atteintes aux personnes – donc, y compris la pédocriminalité – n’avaient pas été pleinement appliquées.
Il a aussi demandé aux procureurs généraux de tout le pays de « reprendre l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants », soit environ 70 000, d’ici au 14 juillet.
Les critiques du monde judiciaire
Mais le monde judiciaire s’est aussi élevé pour dénoncer certains propos tenus avant même les conclusions des enquêtes, déplorant que le « discrédit » soit jeté sur toute une profession.
Dans plusieurs tribunaux de l’Hexagone, les personnels ont adopté des motions dénonçant le manque de moyens alloués à la justice, un argument qui avait été balayé par Gérald Darmanin et par le président Emmanuel Macron.
Proposition de loi « intégrale »
Lors d’une réunion en visio, mercredi, des responsables de la police et de la gendarmerie, Laurent Nuñez a assuré de son « soutien » et de sa « confiance » l’ensemble des enquêteurs et promis de « veiller » à ce que l’affaire Lyhanna « ne jette pas le discrédit sur le travail colossal » mené dans les dossiers de violences sexuelles sur les mineurs.
Face à l’émoi de la société, qui s’est traduit par des manifestations à l’appel d’associations et de collectifs féministes, Sébastien Lecornu a proposé des mesures qui iront enrichir un projet de loi déjà adopté sur la protection des enfants : le renforcement des peines pour les violeurs en série et l’accélération des enquêtes sur les crimes visant des enfants. Il va aussi prendre un décret sur « la nécessité de motiver » les classements sans suite des plaintes concernant les crimes sexuels sur mineurs.
Il a aussi reçu les députés qui poussent à l’examen au Parlement d’un autre texte, une proposition de loi globale, dite « intégrale », et transpartisane pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Il leur a dit s’attacher davantage à une « réponse intégrale » qu’à une nouvelle loi.



