Le propriétaire du Régent Café à Bordeaux renvoyé en correctionnelle pour injures racistes
Propriétaire de restaurant poursuivi pour injures racistes à Bordeaux

Le propriétaire du Régent Café à Bordeaux renvoyé en correctionnelle pour injures racistes

Daniel Marion, propriétaire de plusieurs restaurants en France dont le célèbre Régent Café situé dans les beaux quartiers de Bordeaux à proximité du Grand Théâtre, a été déféré au parquet de Bordeaux ce 10 février. Les magistrats ont décidé de son renvoi devant le tribunal correctionnel où il devra répondre d'accusations de diffamation et d'injures publiques à caractère raciste envers une quinzaine de ses salariés.

Une scène traumatisante de cinq heures d'insultes racistes

L'affaire remonte au 6 octobre dernier lorsque Daniel Marion, alors âgé de 69 ans, est arrivé dans son établissement après un repas alcoolisé. Selon les déclarations de dix-sept salariés ayant porté plainte, le propriétaire s'est déchaîné pendant près de cinq heures, proférant des insultes racistes à l'encontre de ses employés. Le calvaire a duré alors que des clients se trouvaient dans l'établissement, le gérant faisant des allers-retours entre l'intérieur et l'extérieur du café.

Les témoignages recueillis par les enquêteurs décrivent des propos particulièrement violents. "Il a pris un collègue blanc à part pour lui demander ce qu'il pensait des noirs et des Arabes", raconte l'un des plaignants. "Quand le collègue lui a répondu qu'il n'avait pas de problèmes avec ça, il a renchéri : 'les noirs et les Arabes, c'est de la merde'". Une autre phrase dénoncée par les victimes aurait été : "Les noirs méritent d'être à la cave".

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Une enquête approfondie et des témoignages concordants

Suite au dépôt des plaintes, une enquête a été confiée au service local de police judiciaire (SLPJ) de la division Centre. Les enquêteurs ont recueilli vingt-deux témoignages, dont la grande majorité se sont révélés concordants. Daniel Marion a été placé en garde à vue le 9 février avant d'être déféré au parquet le lendemain.

Face aux accusations, le propriétaire a maintenu qu'il ne se souvenait pas des événements du 6 octobre. Il avait même évoqué un temps la possibilité d'avoir été drogué à son insu, mais des examens médicaux se sont avérés négatifs selon son avocat, Me Fabien-Jean Garrigues.

Les positions des différentes parties

L'avocat de Daniel Marion a déclaré : "Il ne conteste pas les faits, mais a un trou noir total. C'est un pétage de plombs. Mon client regrette ce qui s'est passé, qui ne correspond pas à ses valeurs. La diversité est présente dans tous ses établissements". Me Garrigues a également précisé qu'un classement sans suites avait d'abord été envisagé par le parquet, sous condition d'indemniser les victimes à hauteur de 500 euros chacune, mais que cette proposition avait été refusée par les parties civiles.

Me Anne-Charlotte Moulins, avocate des salariés injuriés, explique quant à elle : "Il est essentiel pour elles d'avoir un procès et d'entendre la position de M. Marion qui a d'abord semblé nier, puis affirmé n'avoir aucun souvenir". Pour elle, des poursuites sont nécessaires "pour que ce type de comportement cesse".

La Ligue des droits de l'Homme, également partie civile dans cette affaire, partage cette analyse. Son avocat, Me Thibault Laforcade, argumente : "Nous attendons la reconnaissance des faits graves tels qu'ils ressortent de la procédure et qu'on ne banalise plus ce genre d'infraction".

Conséquences pour les salariés et l'établissement

La scène du 6 octobre a eu des répercussions importantes sur plusieurs salariés. Certains ont été en arrêt maladie avant d'être licenciés pour inaptitude. Concernant la gestion du Régent Café, des nouveaux gérants sont arrivés ces derniers jours. Daniel Marion n'est plus impliqué dans l'opérationnel de l'établissement et n'est pas reparu sur les lieux depuis les faits, selon son avocat.

Le sexagénaire reste toutefois propriétaire du Régent Café avec son fils, ce dernier ayant récemment racheté les parts de l'ancien associé. Le procès est quant à lui fixé au 7 septembre prochain devant le tribunal correctionnel de Bordeaux.

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