Procès Jubillar : l'avocat dénonce une enquête biaisée et l'absence totale de preuves
Procès Jubillar : l'avocat dénonce une enquête biaisée

Procès Jubillar : la défense dénonce une instruction "totalement à charge"

À la veille de l'ouverture du procès très attendu de Cédric Jubillar, Me Alexandre Martin, l'un de ses avocats, livre une interview explosive où il dénonce avec force les méthodes d'enquête et l'absence totale de preuves contre son client. L'homme de 38 ans risque la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre présumé de son épouse Delphine, infirmière de 33 ans disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 à Cagnac-les-Mines, dans le Tarn.

"Des preuves ? Il n'y en a aucune"

Me Alexandre Martin, qui défend Cédric Jubillar avec son associée Me Emmanuelle Franck, ne mâche pas ses mots : "C'est la chronique annoncée d'une catastrophe judiciaire". Selon lui, l'enquête menée depuis quatre ans et demi s'est transformée en une machine dont le seul objectif était de fabriquer un coupable, en l'occurrence Cédric Jubillar, en tordant tous les éléments à charge.

L'avocat toulousain réaffirme avec conviction l'innocence de son client et précise : "On va démontrer que des preuves, il n'y en a aucune. Il ne s'agit plus de parler des indices, des soupçons que pouvait avoir l'accusation. On va parler maintenant de preuves". Une position ferme qui annonce des débats particulièrement tendus devant la cour d'assises du Tarn, où le procès se déroulera du 22 septembre au 17 octobre à Albi.

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Une instruction qualifiée de "totalement à charge"

Me Martin porte un regard sévère sur le travail des magistrats et des gendarmes : "La justice et les gendarmes ont mis d'énormes moyens mais en réalité ces moyens se sont essentiellement concentrés sur leur volonté à tout crin de confirmer l'hypothèse initiale de la culpabilité de Cédric Jubillar". Il dénonce une instruction partiale qui aurait négligé d'autres pistes potentielles.

L'avocat explique : "Nous démontrerons cette construction d'un coupable avec d'autres pistes qui ont été entrouvertes mais qui n'ont pas été examinées à fond, parce que c'est une instruction totalement à charge, avec une idée préconçue de la culpabilité de Cédric Jubillar". Selon lui, cette partialité sera éclatante au procès.

Le mobile du divorce : un "raccourci caricatural"

Face à l'argument de l'accusation qui présente tous les ingrédients d'un féminicide conjugal, Me Martin répond avec fermeté : "Attention au raccourci qui consiste à dire, il y a un divorce et donc un mobile. Dans tous les divorces il y en a souvent un qui n'accepte pas la séparation, ce n'est pas pour ça qu'il va devenir le meurtrier de son conjoint. C'est un peu caricatural".

Il précise que si le couple allait effectivement divorcer et que Cédric Jubillar avait mal accepté la séparation au départ, "les choses ont évolué au fil des mois vers une séparation qui était acceptée par l'un et l'autre, qui avaient pris rendez-vous avec des avocats et posé les contours d'un accord amiable" concernant notamment la résidence et le droit de visite des enfants.

Les déclarations provocatrices de l'accusé

Interrogé sur les déclarations parfois maladroites ou provocatrices de son client, Me Martin les contextualise : "Il est ce qu'il est avec parfois une attitude et des déclarations qui sont un peu provocatrices, mais qui sont aussi le signe d'un homme qui est à bout. Dès le début tous les yeux étaient fixés sur lui, considérant qu'il était coupable".

Concernant les propos rapportés par des codétenus, l'avocat affirme : "On a vérifié les propos qui ont été rapportés et déformés par Marco le codétenu et on s'est aperçu que tout ce qui avait pu être dit ne correspondait à aucune réalité". Il insiste sur le fait que pendant toutes ses auditions, Cédric Jubillar n'a jamais failli dans sa contestation de responsabilité.

Pas de "coups de théâtre" mais un recentrage sur les principes

Contrairement à ce qu'on pourrait attendre d'un procès aussi médiatique, Me Martin annonce : "Non ce n'est pas l'esprit de la défense. On ne va pas sortir un tour de magie de notre chapeau, nous allons recentrer les débats et amener les jurés à réfléchir sur le terrain des principes".

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La stratégie de la défense sera donc de rappeler les fondamentaux : "Revenons aux principes, c'est à l'accusation de démontrer la culpabilité d'un individu, et nous estimons que cette démonstration n'est pas faite". Me Martin et son associée entendent ainsi renvoyer la justice à sa propre responsabilité.

La crainte d'une affaire non résolue

Interrogé sur la possibilité de savoir un jour ce qui est arrivé à Delphine Jubillar, Me Martin exprime une inquiétude profonde : "Ce que je crains c'est que si nous arrivons à ce que cet homme soit innocenté, comme on n'a pas véritablement cherché ou véritablement fermé les autres hypothèses, il sera trop tard pour rattraper les choses et pour tout recommencer".

Il fait le parallèle avec d'autres affaires non résolues : "Voyez l'affaire Grégory ou d'autres, ce sont des affaires qui ont été ratées, et maintenant, on est là, trente ans après, à rechercher un ADN sur une enveloppe. C'est compliqué, quand on n'a pas fait les choses au moment où on doit le faire".

Alors que le procès s'annonce comme l'un des plus médiatisés de l'année, la défense de Cédric Jubillar se présente donc déterminée mais inquiète, convaincue de l'innocence de son client mais consciente des défis à relever face à une accusation qui, selon elle, s'est construite sur des bases fragiles et partiales.