Le troisième jour du procès de Cédric Jubillar devant la cour d'assises du Tarn pourrait être décisif. L'accusé, qui nie toujours avoir tué son épouse Delphine, dont le corps reste introuvable, voit ses avocats, Mes Emmanuelle Franck et Alexandre Martin, tenter de déstabiliser l'enquête massive de la gendarmerie.
Une enquête colossale mise en avant par l'accusation
D'un côté, le rouleau compresseur d'une enquête déployée dès les heures suivant la disparition de l'infirmière. Sophie, première officier de gendarmerie, a décrit une mobilisation sans précédent : drones, hélicoptères, spéléologues, brigades nautiques venues de Marseillan et Saint-Cyprien. « Une absence totalement incompréhensible et extrêmement inquiétante », a-t-elle souligné. La cellule Disparue 81, composée d'enquêteurs hautement spécialisés, a échoué à retrouver le corps. Jérôme, un autre officier, a évoqué la proximité de la maison avec une zone forestière riche en vestiges miniers, offrant « beaucoup de possibilités à quelqu'un qui connaît les lieux et a prémédité la dissimulation d'un corps sans vie ».
Bernard, le major directeur d'enquête, un colosse moustachu aux vingt ans de service, a listé les éléments accablants : refus du divorce, jalousie, menaces, dispute le soir du 15 décembre, lunettes cassées, et surtout la réactivation du téléphone de Delphine dans la nuit, sans bouger de la zone, alors que les enquêteurs étaient déjà présents. « Il avait la motivation, un mobile et l'opportunité », a-t-il tranché.
La défense contre-attaque avec des éléments troublants
Mais la défense connaît son dossier. Me Martin a contesté les cris entendus par des voisines : « Quel élément vous permet d'établir que c'est Delphine qui crie ? » Me Franck a pointé des vérifications trop légères sur les délinquants sexuels du secteur. Le 8 juillet 2021, un procès-verbal note que le livret de famille Jubillar a été retrouvé sur la voie publique à Albi, sans que l'identité du trouveur soit notée. « Vous n'avez pas envie de faire des petits prélèvements ADN dessus ? » a ironisé Me Franck.
La défense a également révélé que le compte Instagram de Delphine s'est activé le 14 janvier, qu'un homme a avoué le crime par écrit sans être placé en garde à vue, et que l'amant de Delphine, vite mis hors de cause, était féru d'une application sadomasochiste issue du Darknet et aurait eu une autre maîtresse en décembre 2020, jamais interrogée. « L'histoire n'est pas la même ! » s'est exclamée Me Franck. « Vous nous dites qu'il est très amoureux, elle a des relations intimes quand il est avec Delphine et ça ne vous intéresse pas du tout ! »
L'accusé reste inflexible
Cédric Jubillar, lui, reste sans affect apparent. Interrogé sur ce qu'on a dit de ses enfants la veille, il a déclaré : « Je ne comprends pas la position qu'ils puissent avoir me concernant sachant que je n'ai pas tué Delphine. » Il reste trois semaines de procès pour déterminer de quel côté cette journée clé a fait pencher la balance.



