Un procès en appel pour l'ancien patron de Stenico à La Rochelle
Ce jeudi 2 avril, l'ancien gérant de la société de télévente Stenico, Bruno Becquet, âgé de 73 ans, et trente-sept de ses anciennes salariées ont rejoué le procès qui s'était initialement déroulé le 5 juin 2025 au palais de justice de La Rochelle. Cette nouvelle audience fait suite à l'opposition formée par l'intéressé contre le jugement rendu en juillet 2025, où il avait été condamné à trois ans de prison dont un an avec sursis probatoire.
Une première condamnation lourde de conséquences
Dix mois plus tôt, en juillet 2025, le tribunal correctionnel avait déclaré Bruno Becquet coupable de banqueroute, d'abus de bien social et de harcèlement moral. La peine prononcée comprenait également une interdiction définitive de gérer une entreprise, la confiscation de ses biens avoisinant les quatre millions d'euros, et l'obligation de verser plus de sept cent mille euros aux parties civiles au titre du préjudice moral.
Absent lors de cette première audience et non représenté, l'ancien dirigeant a pu exercer son droit d'opposition, sa convocation ayant été signée par son épouse. Cette procédure permet de recommencer le procès en première instance, expliquant la nouvelle comparution de ce jeudi 2 avril.
Une défense renforcée pour ce second round judiciaire
Contrairement à la première audience, Bruno Becquet était présent cette fois-ci, accompagné de son avocat, Me Jean Gonthier, et d'un témoin, Thierry Dettloff, l'ancien directeur général de Stenico. Ce dernier, détenteur de quinze pour cent des parts de la société, n'avait jamais été entendu par les enquêteurs auparavant.
Thierry Dettloff a pris place à la barre en tant que témoin, annonçant d'emblée qu'il se réservait le droit de ne pas répondre aux questions susceptibles de l'inculper. Il a décrit comment il était venu en aide à Bruno Becquet en 2016 pour reprendre Stenico, alors en difficultés financières, évoquant une atmosphère de travail exemplaire selon lui.
Les accusations principales réexaminées
Les faits reprochés à Bruno Becquet restent inchangés : il est accusé d'avoir volontairement conduit au naufrage la société Stenico, acquise en 2017 pour un euro symbolique, dans le but d'éliminer ce concurrent principal de son entreprise Ivoo. L'ancien gérant aurait détourné une partie de l'actif de la société, tout en imposant des conditions de travail déplorables à ses employées.
L'Inspection du travail avait d'ailleurs relevé que Bruno Becquet s'affranchissait délibérément de la santé mentale de ses salariées. Les anciennes télévendeuses des sites de Breuil-Magné ont décrit des outils défaillants du jour au lendemain, des connexions impossibles, et soixante procédures disciplinaires pour licenciements engagées pour refus de travailler.
Les arguments de la défense et du parquet
Face à ces accusations, Bruno Becquet a maintenu sa version des faits. Concernant la reprise de Stenico, il a déclaré : Sur tous les plans de reprise proposés, j'étais le seul capable de payer et le seul qui connaissait très bien le dossier. Les employées ont eu l'impression que leur concurrent les achetait. Ça, c'est un échec de ma part.
Il a également nié les accusations de vol de fichiers clients, qualifiant ces allégations de lunaires, et contesté toute stratégie concernant le transfert des salariées avant la liquidation de Stenico. Sur les conditions de travail, il a simplement répondu qu'il y avait une hostilité contre ma personne.
Me Alexandra Dupuy, qui défend les télévendeuses depuis le début de l'affaire, a pour sa part étrillé l'ancien patron, le qualifiant de chef d'orchestre du Titanic et de nettoyeur voulant se débarrasser des salariées. La procureure Sophie Debas a persisté dans ses réquisitions, demandant les mêmes sanctions que lors du premier procès.
Un soutien notable dans la salle d'audience
Bruno Becquet n'était pas sans soutien lors de cette audience. À la suspension d'audience, il a chaleureusement embrassé Vincent Merling, ancien patron du groupe éponyme et président du Stade Rochelais, venu l'épauler. Cette démonstration de solidarité a marqué les esprits dans la salle du tribunal correctionnel de La Rochelle.
La décision a été mise en délibéré au 21 mai, laissant planer l'incertitude sur l'issue de ce procès qui aura duré presque dix ans au total. Quelle que soit la décision rendue, Bruno Becquet conserve la possibilité de faire appel, prolongeant ainsi une procédure judiciaire particulièrement longue et complexe.



